Invisibilité et illusion dans les arts martiaux

Camouflage dans la nature, probablement école zoomorphique de la seiche du nord (licence GNU – Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported).

Quel est le point commun entre un prestidigitateur, un pratiquant de battôjutsu, un poisson-pierre, et autre stratège ? La réponse est relativement simple : rendre le mouvement difficile ou impossible à appréhender pour l’autre, qu’il soit une proie ou un spectateur à distraire. Rechercher l’efficacité en rendant l’action inarrêtable, car arrivant déjà à sa finalité quand on la perçoit. Qu’elle soit offensive ou défensive.

Mécanisme naturel…

Il est sans doute inutile de rappeler que l’on peut observer, en milieu naturel, un nombre proprement incroyable de mécanismes de chasse ou de défense se basant sur une tromperie des sens de l’autre. Le principe est souvent de « falsifier » la perception de la distance (ou de sa variation) entre un acteur et sa cible afin de diminuer voire d’annuler tout temps de réaction. Cela va de l’utilisation des angles morts jusqu’à une variation très rapide des distances, en passant par l’illusion optique ou le piège physique. Et les arts martiaux, qu’ils soient zoomorphiques ou non, à mains nues ou armés, ne dérogent pas à cette recherche d' »invisibilité », et ce au point de le dire (quasi-) explicitement : ainsi, l’école Hakkô est celle « de la huitième lumière », celle qu’on ne voit pas. Si le célèbre « le faible triomphe du fort » n’est qu’une question de perspective, modifier l’environnement de la confrontation à son avantage est justement un moyen de compenser une faiblesse potentielle : il n’est plus question d’éducation ou de philosophie, mais du plus court chemin à prendre pour obtenir un avantage. Un contexte, une modification imperceptible du contexte : un « secret » bien connu, mais peut-être mal compris dans un contexte martial. Dans le sportif, on parlera de coup bas, tout simplement.

Globalement, les arts martiaux humains qui se basent sur des capacités humaines (oui, même les fondateurs, maîtres et autres idoles) : on ne peut utiliser que ces capacités, et pas d’autres, sauf à combler un « manque ». C’est le rôle d’une arme, basiquement, mais aussi de tout accessoire permettant d’obtenir un avantage. Sans entrer dans une digression supplémentaire, le sujet du « soldat augmenté » (c’est le terme actuel) est permanent dans l’histoire des conflits, et c’est la gestion efficace de ces augmentations qui permet d’obtenir des avantages décisifs. Si nous en revenons à l’éventail proposé par les arts martiaux actuels (hors arsenal et accessoires relevant du militaire ou des forces de l’ordre), l' »invisibilité » ne peut être acquise qu’en agissant sur certains facteurs, simultanément ou non : la vitesse, le placement et la modification de l’utilisation du corps (ou des armes).

… et sophistication

« Je ne l’ai pas vu venir ». Cette phrase en dit long sur notre utilisation de la vue comme outil central dans l’action du combat, sportif ou non. Comme indiqué, la vitesse ou un placement judicieux peuvent tromper ce sens, et les arts martiaux ne s’en privent pas, en proposant un ensemble de stratégies. Dans le cadre de ce billet, on n’ira pas au delà de la simple présentation. Si la vitesse et le placement sont des facteurs « visibles », et englobent également les feintes, leurres (qui peuvent aussi être complété aux armes par de vrais leurres visuels) et autres bottes, la modification de l’utilisation « habituelle » du corps (ou des armes) l’est moins. Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas tant d’une modification de forme – visible – que d’usage – qui n’est pas décelable a priori. Et cela fait une différence importante.

Un pratiquant lambda n’a pas toujours l’opportunité d’aborder cet aspect des choses. Non pas parce qu’il s’agit d’un enseignement caché, ésotérique (un autre aspect de l’invisibilité dans les arts martiaux, que nous n’aborderons pas ici), mais surtout parce qu’il est souvent plus « simple » de travailler sur des qualités naturelles (puissance, vitesse, endurance) que de modifier un tant soit peu des habitudes profondément ancrées. Si des pratiquants (non lambda eux) comme Akira Hino ou Mamoru Akuzawa sont si impressionnants, c’est – à mon sens – parce qu’avant d’être des experts de l’utilisation de leurs propres corps, ils sont capables avant tout de le faire de façon « inhabituelle ». Ce qui focalise l’attention ailleurs… Un « truc » bien connu des illusionnistes, également.

En conclusion

« L’art de la guerre est fondé sur la dissimulation » indique Sun Tzu. Cette dimension n’est donc pas absente des arts martiaux actuels, modernes ou historiques, mais n’est pas forcément explorée en tant que telle. En connaître les spécificités, les exigences (au sein d’un style, d’une discipline) permet de mieux en cerner les principes profonds, et ainsi d’augmenter son horizon technique et son efficacité propre.

A propos G.

Pratiquant lambda.
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