Aïkidô, appelation d’origine contrôlée (ou non) ?

aikido-horizontalSi pour le (pas si) grand public (que ça), l’aïkidô est cette discipline martiale créée par le japonais Morihei Ueshiba, le fait est que cette dénomination est également utilisée par d’autres disciplines, plus ou moins proches, indépendamment des qualités techniques réelles ou supposées des systèmes en question. Un phénomène assez similaire à ce que l’on peut trouver pour le(s) jûjutsu (et pour bien d’autres choses).

Daïtô ryû : influences

Plus que la personne de Morihei Ueshiba, c’est via le Daïtô ryû (ou la personne de Sôkaku Takeda) que certains groupes justifient cette appellation de leur pratique (ou d’une de leurs pratiques) à main nue. L’aïkidô proprement dit, issu de l’école Daïtô, fut ainsi nommé dès 1942, dépôt du nom auprès de la Daï Nihon Butokukaï par Minoru Hirai, élève de Morihei Ueshiba. Il semble que l’appellation soit parfois utilisée au sein du Takumakaï, un des courants du Daïto ryû basé sur les enseignements des maîtres Takeda et Ueshiba.

Un style nommé nihon goshin aikido, à l’heure actuelle essentiellement (voire exclusivement) présent aux États-Unis d’Amérique, revendique également l’héritage du Daïtô ryû, via son fondateur, Shodo Morita, qui aurait été élève de Yoshiro Kitaro, étudiant de Sokaku Takeda. Le système, fondé en 1946 selon certaines sources (émanant quasiment toutes de clubs de nihon goshin aikido) à Hokkaïdô, inclus des éléments de karaté et de jûdô. Pour ma part, je n’ai pas réussi à trouver de sources secondaires crédibles et fiables sur cette pratique.

Autres utilisations, quelques exemples

L’utilisation du terme aïkidô est également faite dans les groupes « Takeda ryû » et plus particulièrement dans la branche Nakamura d’Hisashi Nakamura, les deux (?) autres branches Maroto et Kobilza se référant à, respectivement, l’aïkijûjutsu et l’aïki no jutsu (en tout cas en France) pour une de leurs pratiques à mains nues. Ce changement de dénomination est daté (année 1960 ou 1961). Bien que revendiquant être l’ancêtre de tous les styles de pratique aïki (dô ou jutsu), le Daïtô ryû étant présenté comme résultant d’une branche parallèle à la branche Takeda, il me semble peu probable que l' »aïkidô » de la Takeda ryû moderne puisse réellement revendiquer cette position, en raison de la longueur revendiquée de la chaîne de filiation et des zones d’ombres qui subsistent, au moins sur les origines du Daïtô ryû.

Pratiquant de real aikido, art authentiquement serbe. Exemple du dépouillement du superflu japonais.

La discipline « en vue » qui porte le nom d’aïkidô mais qui revendique (en plus) s’en éloigner sérieusement est le real aikido (plus précisément, realni aikido, « aïkidô appliqué à la réalité ») fondé par le serbe Ljubomir Vracarevic. Synthèse récente, se disant authentiquement serbe, qui serait basée sur l’aïkidô (formations mises en avant très brèves à l’Aïkikaï et au Yoshinkan, inférieure à l’année dans le meilleur des cas), avec des éléments de jûdô et de jûjutsu (sans autre précision), débarrassée des éléments considérés comme superflus, et destinée à la « réalité » (celle des forces spéciales). Cependant, comme nombre de synthèses de ce type, elle contient ses propres contradictions et ses importantes inconnues. Et elle n’est pas la seule de ce type (ainsi plusieurs écoles sont affublées de l’appellation combat aikido).

Une école méconnue

Enfin, revenons brièvement (et un peu de manière digressive) sur la pratique Minoru Hiraï, celui qui déposa le nom auprès du Butokukaï. Fondateur du korindô aïkidô, Minoru Hiraï était également un expert en jûjutsu et armes (sabre) : on pourra, pour plus de renseignements, consulter le billet qui lui est consacré sur le blog Budoshugyosha. De manière assez étonnante, son parcours (et l’histoire de sa pratique) en rappelle un autre : celui de Hironori Ôtsuka, qui fut, avant de découvrir le karaté de Gichin Funakoshi, un expert (menkyo kaiden) du shindô yôshin ryû jûjutsu, dont l’influence sera grande sur le style de karaté wadô ryû qu’il créa. De même, le korindô aïkidô, dont l’appartenance à la grande famille des aïkidô est parfois mise en cause, bénéficie de manière importante des influences « pré-aikidô » de son fondateur. Cependant, le style est bien plus confidentiel que le wadô ryû, désormais « éclaté » en plusieurs branches. Dans ce dernier cas, il me semble que l’appellation aïkidô (par rapport à l’art de Morihei Ueshiba lui-même) est incomparablement plus « légitime » que les précédents cas évoqués, et ne semble pas moins méritée que pour, par exemple, l’aïkidô du yoseikan et certains de ses descendants.

Pour conclure

Comme d’autres appellations martiales (ou figures de premier plan), l’aïkidô ne pouvait pas échapper à ce phénomène d' »appropriation » dans la communication d’autres disciplines. Même si on ne situe pas forcément dans le phénomène de mystification du pratiquant, volontairement ou non, il n’empêche que cette appropriation semble parfois peu justifiée (ou alors complètement farfelue). Un peu comme pour les « jujitsus », qui parfois n’ont qu’un rapport lointain et ténu avec les jûjutsu dont ils se réclament.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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