Aïkidô en France, évolution en 2019, et la suite ?

Il est souvent difficile de retranscrire un ressenti sur un état de santé d’une discipline, parce que justement il s’agit d’un ressenti. Il y a quelques années, Léo Tamaki avait justement amorcé une réflexion sur le désintérêt (mondial) vis-à-vis de l’aïkidô, en utilisant l’outil Google trends, introduisant de fait une certaine quantification du phénomène. Cependant, la structuration du sport – pas de polémique à ce stade, merci – en France permet d’avoir accès à des données plus « solides » que consultations d’un moteur de recherche : des données démographiques fournies par les fédérations délégataires ou agréées elles-mêmes. Le suivi des évolutions de cette démographie constitue un des thèmes abordés dans ce blog (et parfois publié ailleurs), et au contraire de 2018, 2019 ne fera pas exception.

Les chiffres

Évolution démographique des fédérations françaises d’aïkidô (2000-2019). Chiffres ministériels.

L’aïkidô en France ne va pas bien, et les chiffres sont sans appel. Depuis 2017, les fédérations, FFAAA (fédération française d’aïkido, aïkibudo et associés) et FFAB (fédération française d’aïkido et budo) ont perdu près de 6000 licenciés (5912, exactement). Certes, comme rappelé alors, il est important de rappeler que les données traitées ici sont toutes disciplines confondues au sein des fédérations considérées, mais la pratique « aïkidô » y est très largement majoritaire, et il est très peu probable qu’une perte de licenciés puisse s’expliquer par une désaffection soudaine sur une des disciplines « associées », et une seule (hormis le cas du kyudô en 2017, par regroupement au sein de la FFJDA – fédération française de judo jujitsu, kendo et disciplines associées). 6000 licenciés est déjà un chiffre très important si l’on considère le pic du nombre de licenciés (atteint vers les années 2000) qui était d’environ 60000 (je n’ai pas les chiffres pour la période 97-99). Mais il s’agit là d’une évolution sur deux ans seulement. Il y a deux ans, les deux fédérations cumulaient 53462 licenciés. La perte est donc d’environ 11 % des effectifs. Un chiffre important, qui ne peut donc être attribué ni à une scission quelconque, ni à un effet olympique puisque l’aïkido ne fait pas partie de cette famille de disciplines. Et surtout, un passage en dessous de la barre symbolique des 50000 licenciés en 2018.

Globalement, si l’on compare avec les autres FFSCAM (fédérations françaises de sports de combat et arts martiaux) les fédérations d’aïkidô sont celles qui connaissent les évolutions les plus mauvaises depuis plusieurs années, avec une érosion constante des effectifs, qu’on ne peut imputer ni à des transferts massifs de licenciés vers d’autres groupes, ni à des effets « olympiques »… Mais si certaines fédérations sont touchées par des baisses d’effectifs également (la FFJDA entre autres), alors que d’autres se renforcent (les fédérations de boxe pieds-poings essentiellement), la « marge de manœuvre » des fédérations d’aïkidô semble beaucoup plus faible.

Plus de détails – utiles (?)

Évolution de l’âge des licenciés (FFAAA et FFAB), de 2012 à 2019.

Tout d’abord, un point important même s’il ne transparaît pas immédiatement : l’aïkidô est une pratique pour licenciés « âgés », ce qui transparaissait déjà en 2017. La moyenne d’âge est plutôt vers 30 ans (pour les deux fédérations), même si 2019 voit un léger rajeunissement. Une situation unique ou presque, puisque seule une autre FFSCAM présente une moyenne plus élevée (vers 55 ans pour la FFAEMC – arts énergétiques et martiaux chinois), les autres fédérations ayant toutes une moyenne se situant vers 15-16 ans (voire moins !). Autrement dit, il n’existe pas vraiment de « réservoir » de jeunes licenciés qui iront vers une pratique longue. Plus inquiétant, le nombre de licenciés dans ces catégories d’âge décroît, que cela soit à la FFAAA ou à la FFAB. De même, le nombre de licenciés dans les catégories d’âge supérieures croît. Et qu’en est-il du ratio par sexe ? Et bien dans le même temps, dans toutes les catégories d’âge, le ratio évolue vers une plus grande présence féminine… Le ratio oui, mais en réalité, le nombre de licences diminue globalement (on peut retrouver des exceptions ponctuelles, et mineures) depuis 2012, mais moins rapidement que le nombre de licences masculines. Que peut-on en dire ? Sans doute que le « noyau » de licenciées, c’est-à-dire le nombre de licenciées minimal, en deçà duquel on ne descendra pas (ou plutôt en deçà duquel on ne devrait plus descendre), est quasiment atteint. Soit environ 13500 licenciées sur les deux fédérations (toutes disciplines confondues, rappelons-le). Notons également, sans trop de surprise, que la proportion de licenciées est plus importante dans les classes d’âge les plus basses (pouvant atteindre les 40 % pour les 20-29 ans) que dans les plus élevées. Dans le même temps, le nombre de clubs décroît également, même si, par nature ces entités « absorbent » plus de pertes réelles de licenciés avant de disparaître.

Constats

Reprenons une comparaison que j’avais employée il y a quelques années. En 2000, la population française était d’environ 59 millions de personnes. En 2019, elle est de 67 millions de personnes (source INSEE), soit une augmentation de 13,5 %, a peu de chose près. Dans le même temps, les fédérations d’aïkidô agréés par l’État perdent 9718 licenciés, soit 17 % de leurs effectifs. Simplement maintenir une proportionnalité par rapport au reste de la population aurait conduit à un total de 64 886 licenciés. Soit près de 17000 de plus que le total atteint.

La situation est donc pour le moins mauvaise, et questionne sur l’avenir de la discipline « aïkidô » (mais pas seulement) en France. On assiste à une hémorragie des licenciés, traduisant un désintérêt du grand public envers la discipline (ce que traduit bien les données produites par Léo Tamaki). Plus préoccupant encore, la baisse des licenciés concernent les catégories d’âge « à choix » (15-29 ans), c’est-à-dire celles où l’on peut réellement intéresser un public dégagé de l’influence parentale et non soumis à une pratique d’habitude. Ces licenciés qui ne viennent pas à la discipline auront peu de chance d’y venir plus tard, et encore moins de fournir les cadres nécessaires à sa vitalité. La féminisation de la discipline est en réalité un trompe-l’œil, plus dû à une perte de licences chez les hommes qu’à une augmentation de la popularité de la discipline chez les femmes (malgré ou grâce à la presse féminine ?). Le vieillissement de la discipline est quant à lui incontestable, et progresse d’année en année. Au temps pour l’attrait envers les « jeunes », mais cela semble interprété comme une opportunité par certaines commissions fédérales de développer des « méthodes douces » sous le nom générique d’aïki-taïsô, pour consciemment ou non rejoindre le modèle de développement de la FFAEMC. Mais ce n’est sans doute pas tout, et d’autres nuages obscurcissent encore plus l’horizon : 2019-2020 puis 2020-? vont être des années catastrophiques vis-à-vis des pratiques de loisir – nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, et nous ne sommes pas au Japon de la période Sengoku – en général, martiales en particulier, COVID oblige. En effet, les régions les plus touchées par les mesures restrictives concernant circulation et pratiques sportives sont les plus zones géographiques regroupant la majorité des licenciés : un peu moins de 10000 licenciés en Ile-de-France (20 % des effectifs), complétées par Provence-Alpes-Côte-d’azur (près de 4000 licenciés) et Rhône-Alpes (plus de 5000 licenciés). Les licenciés ne peuvent plus pratiquer qu’épisodiquement au mieux dans ces zones, et sont plus enclins à abandonner… Ce qui se ressent déjà dans certaines fédérations, comme la toute puissante FFJDA (-25 % de licences début septembre 2020, soit l’équivalent de 3 fois l’ensemble de celles des fédérations d’aïkidô).

Remarques, vers le futur

Mais malgré toutes ces mauvaises nouvelles et perspectives, on trouve encore le moyen de polémiquer autour d’un article sur l’aïkidô dans l’Equipe, ou sur les cours par internet. Je n’avais pas au contraire de plusieurs autres blogueurs de la thématique (comme Aîki kohaï), à l’époque, proposé de pistes d’améliorations pour éviter la stagnation, ou plutôt le déclin, de l’aïkidô en France, mais je vais me lancer dans quelques propositions.

La première est la fin des fédérations agréées (en tant que telles) pour arrivée à une et une seule (con)fédération française d’aïkidô. Il s’agit de proposer un interlocuteur unique au grand public, incapable (et pour cause !) de comprendre la différence subtile entre telle ou telle « lignée » (si ce mot à réellement un sens). Mais pour cela, il faudrait aller au-delà de certains antagonismes historiques (beaucoup moins techniques que l’on peut croire) et éviter – j’emploie le terme à dessein – la diabolisation des échanges entre pratiquants de « lignées » différentes par certaines instances. Pour avoir vu quelques exemples à droite à gauche, la base vit très bien ces dits échanges quand ils se produisent, et tant mieux. Ce point est d’ailleurs d’autant plus important que la pratique est très localisée sur le territoire, contrairement à d’autres disciplines, et que cela pourrait permettre de densifier le maillage des dôjôs. Cela aurait bien sûr quelques impacts, en particulier sur les modalités des passages de grades, mais pas seulement.

La deuxième est d’arriver à enfin faire comprendre que l’aïkidô est et doit rester un art martial, non moins estimable que d’autres pratiques, mais n’est pas une version édulcorée et de relaxation d’un art martial plus ancien. Afin d’éviter de subir le sort du taïjiquan, mais aussi et surtout d’attirer de jeunes pratiquants. Je trouve qu’on oublie un peu vite que c’est d’abord avec des pratiquants jeunes – et de haut niveau – que la discipline a pu conquérir ses lettres de noblesse, comme le prouve l’histoire de la discipline dans le monde entier, et que l’identification et l’envie viennent plus facilement quand on peut s’identifier avec un modèle « accessible ». Ce qui veut dire que les querelles philosophiques sur la signification intrinsèque du kanji dans le mot aïkidô par exemple n’ont pas lieu d’être dans une communication « de base » vers le grand public. Ce qui veut dire qu’il faut aller chercher ces nouveaux pratiquants par la démonstration, et non par la seule discussion (paradoxal à écrire quand on tient un blog). L’offre ne doit pas s’adapter à une population vieillissante, mais rester ouverte sur le futur, et la pratique doit être la seule préoccupation (ne pas importer certains problèmes qui n’existent pas).

La troisième est de profiter des moyens de communication (quitte à en créer) modernes autour de la discipline : des pratiquants l’ont très bien compris (Ueshiba Morihei un des premiers, ne l’oublions pas) et profitent de différents média pour faire une publicité à notre discipline. Le problème réel n’est clairement pas le moyen choisi, mais le contenu du message, surtout à l’heure d’internet. Peut-on encore véhiculer des concepts totalement erronés (« l’art des samouraïs », « relaxation dynamique », etc.) par exemple ? Peut-on continuer à ignorer une histoire riche mais avec des zones d’ombre au profit d’un joli conte qui n’a plus d’accroche auprès du public ?

Bien sûr, d’autres points sont à aborder, comme celui de la professionnalisation, de la formation des enseignants, et j’en passe. Mais d’abord, consolider avant de pouvoir, à nouveau, avancer.

 

 

A propos G.

Pratiquant lambda.
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5 commentaires pour Aïkidô en France, évolution en 2019, et la suite ?

  1. F. dit :

    Salut, j’ai beaucoup aimé cet article et j’avais envie de partager mon ressenti personnel.

    Pour le contexte, je suis un homme de 26 ans (donc pile dans la population qui fuit l’aïkido ces dernières années) et j’ai découvert la discipline après avoir pratiqué le sport à haut niveau ainsi qu’une courte expérience en pieds-poings.

    Je pratique l’Aïkido depuis maintenant 5 ans durant lesquels j’ai fréquenté 4 dojo différents. J’ai très souvent été le seul pratiquant de moins de 35 ans au milieu de partenaires plus âgés. C’est quelque chose qui sautait aux yeux des proches qui venaient me voir à l’entraînement et me demandaient souvent ce que je foutais au milieu des vieux. Sur le plan technique, c’est également handicapant: dans mon dojo actuel, je suis le seul pratiquant physiquement apte à recevoir un koshi nage. Alors qu’elle est présentée comme une technique de base dans les livres (il suffit aussi de voir les démos d’OSensei, qui sont souvent axées sur irimi-atemi, kokyu nage et koshi nage), elle est très souvent réservée aux yudansha en club. En cinq ans, j’ai dû la pratiquer durant cinq sessions tout au plus. C’est moins que si j’avais fait un mois de judo.

    Je partage beaucoup des constats mentionnés dans l’article. Alors que le fondateur de l’aïkido a inspiré et attiré à lui de nombreux hommes dans la force de l’âge, parfois avec un niveau respectable dans les arts martiaux, et alors qu’à leur tour ses disciples ont réussi à s’imposer à l’étranger, il serait aujourd’hui impossible pour les meilleurs aikidoka de reproduire cet exploit. Sur le plan technique, l’Aïkido actuel tient plus de la danse ou de la gymnastique. Et même si certains voulaient explorer cette direction dans leur aïkido, je doute que cela aille bien loin en raison des racines techniques de l’aïkido (il n’est pas né pour ça), de ses contradictions identitaires et techniques, de la mauvaise condition physique de beaucoup de pratiquants, des mythes qui empêchent la compréhension des mouvements, ainsi que de l’aversion de la communauté aïkido envers l’innovation.

    Et c’est peut-être encore pire lorsque l’Aïkido est pratiqué avec une visée martiale. En effet, il est rare de rencontrer un enseignant avec une vision lucide sur sa pratique, encore moins quelqu’un capable de rivaliser avec, disons, le premier judoka venu. Tous mes professeurs étaient 5e dan, pourtant certains, bien que référents techniques au niveau national, seraient bien embêtés si un débutant un peu athlétique décidait de les tester. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer un instructeur d’aïkido démontrer physiquement la valeur de sa pratique à un judoka, un boxeur ou un athlète de MMA sans devoir faire les habituelles pirouettes intellectuelles : « nah mais là tu vois t’es en danger parce qu’en fait j’ai un sabre », « nah mais là tu t’exposes à mon atemi » (généralement accompagné de la croyance qu’un seul atemi suffira à mettre uke hors combat, et bien souvent dans une position où tori est mécaniquement incapable de frapper avec puissance), « nah mais là en fait tu dois suivre, parce que sinon tu te blesses », « nah mais là tu dois suivre parce que sinon je fais autre chose » (généralement, cet « autre chose » est un mouvement martialement très branlant), « nah mais en fait pour Osensei ça fonctionnait parce qu’il était surhumain et qu’il avait pratiqué plein d’autres martiaux », etc. Imaginerait-on une seule seconde Morihei Ueshiba sortir ce genre d’excuse? Ou Tadashi Abe en arrivant en France avec tout à prouver ? Koichi Tohei face aux judoka hawaïens ? C’est frappant de constater la chute des licences dans la population « à choix », mais force est de constater qu’il leur suffit de faire un cours d’essai en aïkido et un autre en judo/karaté/boxe/MMA/JJB pour avoir une embarrassante comparaison.

    L’aïkido est typiquement pratiqué sur des prémisses qui dévient de la réalité et l’absence de travail libre empêche de les remettre en question. Isolé du combat, mais également des autres arts martiaux, l’aïkido devient un royaume d’aveugles où les borgnes sont rois. Partant, difficile d’innover : si personne dans le dojo ne sait comment fonctionne un jab, rien ne m’empêche de croire que je pourrai attraper au vol le poignet d’un boxeur et lui faire kotegaeshi. Dans ces conditions, la capacité de l’élève à se défendre repose non pas sur une réelle expérience de la violence, mais dans sa foi en son sensei. Quand on réalise cela et on entend les maîtres promouvoir l’aïkido comme un art d’autodéfense, cela fait froid dans le dos.

    Quelle solution, alors ? Personnellement, je vois également l’aïkido comme un art martial, car c’est en tant que tel qu’il est né au siècle dernier et qu’il a inspiré les premières générations de pratiquants. Pour les raisons mentionnées plus haut, ce type de pratique nécessite un travail de recherche conséquent que l’on ne peut attendre des enseignants. C’est au pratiquant, même débutant, de prendre ses responsabilités par rapport à son entraînement. Pour cela, j’ai quelques pistes de réflexion.

    Tout d’abord, si l’on accepte l’idée que l’Aïkido d’OSensei et des deshi directs était efficace au point de gagner le respect de personnes du calibre de Minoru Mochizuki, Kenji Tomiki, Shoji Nishio ou Kenshiro Abbe, alors il faut commencer par chercher cet aïkido « perdu », tout en intégrant à la pratique les innovations utiles rencontrées en chemin.

    D’une part, cela nécessite une compréhension des mouvements, principes et concepts au cœur de l’aïkido, ce qui ne peut se faire sans une solide connaissance de l’histoire de cet art, qui permet d’en dissiper les mythes. Par exemple, certains prétendent que l’aïkido est fait pour empêcher l’adversaire de nous prendre notre sabre, or ni Takeda, ni OSensei ne l’ont enseigné en tant que tel.

    D’autre part, il faut remettre l’aïkido dans le contexte de l’engagement martial. Pour ce faire, il est nécessaire d’étudier les principes du combat en échangeant avec d’autres arts martiaux, en particulier ceux qui ont une grande expérience du travail libre. Il faut également réintroduire ce dernier en aïkido pour permettre de tester sa pratique « sous pression ». Il existe toutes sortes de cadres qui permettent ce travail. Par exemple, il y a les règles de randori du style Tomiki. Les disciples d’OSensei faisaient du judo, du sumo et du kendo après les entraînements. Le sumo, en particulier, est extrêmement intéressant car il mélange des coups similaires à ceux de l’aïkido (tsuki, yokomen) à des projections qui apparaissent en Daito Ryu. Sachant que Takeda et OSensei le pratiquaient souvent (c’était d’ailleurs la source principale de Takeda en matière de combat à mains nues), il y a là matière à chercher!

    Ces deux facettes de la recherche se renforcent mutuellement. En connaissant le combat grâce au travail libre et aux autres arts martiaux, on se pose les bonnes questions concernant notre pratique. Et en explorant la technique d’OSensei, l’histoire et les méthodes d’entraînement de l’aïkido, on comprend ce en quoi cet art se rapproche ou se différencie des autres. Cela permet, entre autres, de savoir quelles innovations peuvent être intégrées à la pratique de façon cohérente, sans la dénaturer.

    Un élément important, selon moi, est le travail de la force interne, que pratiquaient Takeda et Ueshiba mais qui a ensuite disparu de l’aïkido. Chris Li, l’un des plus éminents historiens de l’aïkido contemporains, soutient (documents et enseignement technique à l’appui) que Morihei Ueshiba a enseigné pendant toute sa vie une simple variante de Daito Ryu et cherchait à exprimer en termes shintô/Oomoto-kyo les principes de force interne du Daito Ryu, eux-mêmes issus de la tradition martiale taoïste. Plusieurs maîtres de tout premier rang enseignent maintenant suivant ce modèle, notamment aux USA avec Mitsugi Saotome, George Ledyard, William Gleason et Hiroshi Ikeda. Ils travaillent beaucoup sur l’utilisation du corps et démontrent beaucoup de concepts dont les aikidoka parlent, mais qui souvent disparaissent dans la pratique. Je pense qu’ils font un travail fondamental qui mérite d’être plus connu, tout comme Dan Harden, légende « de l’ombre » du Daito Ryu qui a enseigné à plusieurs des professeurs précités.

    Désolé pour la longueur, j’étais parti pour un commentaire et j’ai fini avec un pavé. Bref, je suis convaincu qu’une partie de l’aïkido est arrivée à un tournant, et qu’il appartient à chacun de travailler pour le futur de cet art. A ce propos, Evolène Prémilieu, une élève (française ?) d’Ikeda, a lancé la communauté « Aïkido for Tomorrow », où les pratiquants plus jeunes (-40) sont invités à échanger et à travailler ensemble pour le futur de l’art.

    J’espère avoir pu donner quelques idées utiles. 🙂

    Amicalement,

    F.

  2. sch dit :

    excellent,je vous remercie pour ce magnifique commentaire et confirme(si je peux me permettre)l’intérêt de suivre,d’apprendre avec Hiroshi Ikeda(aikido harmonie en France) bonne pratique(après le confinement
    mps

  3. remi dit :

    Bonsoir à tous,

    Je suis jeune débutant en Aikido. Mais dans la tranche d’âge dite âgé 40 ans… je me permets donc d’émettre un avis même si je pense que tout le monde devrais pouvoir émettre des avis constructifs et d’être entendu et non pas regardé comme des bêtes malades.

    Auparavant j’ai pratiqué de nombreux arts martiaux et sports de combats Judo 12 ans, Jujitsu, Krav maga…
    Ce qui m’a frappé au tout début, c’est quelle fédération choisir quel style rejoindre et quelle est la philosophie de chacun. Une vrai galère de » nous avons la vérité unique ect…  » , je me suis alors lancé dans une recherche plus historique de l’aikido même si je connaissais déjà les « grandes lignes »vu de l’extérieure bien entendu.

    En conclusion, j’ai débuté chez un élève de TADA SENSEI qui a décidé de n’appartenir à aucune fédération mais dont la philosophie et la manière d’expliquer les techniques sont cohérentes à mes yeux bien entendu. J’entend déjà l’ire de l’ensemble de la communauté , ne frappais pas je ne changerais pas d’avis!

    Je m’explique sur mes motivations d’avoir choisi cet apprenant plutôt que d’autres:

    – L’état d’esprit de plusieurs clubs des deux fédérations auquel je me suis tenté, sans succès

    -Un point qui n’est pas propre à l’aikido , c’est identique pour d’autres arts martiaux judo kendo ect… le temps de passage de kyu et de DAN, je développe: cette sacro sainte loi qui empêche une personne motivé, ayant de l’expérience dans d’autres styles d’arts martiaux ou sports de combat, et même sans expérience mais capable d’acquérir (et non pas assimiler car l’acquisition est la connaissance nécessaire sur le chemin de la voie; d’ailleurs ne dit on pas que la voie ne se termine jamais et que personne ne possède la connaissance ultime (n’apprend t on pas tous les jours..)) de passer les étapes plus rapidement qu’une personne ne venant qu’une fois par semaine?
    Un mal Franco Français peu être également ou le diplôme est plus important que l’expérience de la personne ainsi que le savoir être, et/ou la peur des personnes déjà en place de devoir se remettre en cause un peu trop souvent. La peur de la modernité certainement…

    – l’état d’esprit des personnes présentes au cours, un accueil merveilleux , des gens heureux d’être ensemble et de partager leur amour de l’aikido. Sans jugement.

    – Je me suis décidé également pour ce Sensei car effectivement débutant je n’ai pas placé le « bon geste » mais un vieux reflexe d’une vie antérieure d’un autre art martial, réponse de ce dernier au lieu de me fustiger, m’a expliqué que effectivement sous pression cela pouvais être une bonne alternative. Ce Sensei m’a également expliqué ce que TADA Sensei lui avait transmis sur l’utilisation de cette dernière, et là au miracle une compréhension fine et profonde de l’Aikido avec un grand A (attention pour mon faible niveau ), mon chemin d’apprenant en est à ses balbutiements mais je pense sera tellement enrichissant.

    -De plus, je ne souhaite pas apprendre bêtement à reproduire (mimer) des techniques dont je ne comprend pas ni le sens ni l’origine ( désolé je suis un peu trop cérébrale parfois, d’accord souvent…)

    – un autre point, les stages qui sont fermés qu’à tel philosophie d’aikido au lieu de s’ouvrir à l’ensemble des pratiquants d’aikido et qui permettrais des échanges et des rapprochements, en bref une dynamique constructive pour l’aikido et sa survie.

    Je finirais ce long commentaire ( veuillez ne pas m’en tenir rigueur ), par quelques points qui au vu de mon regard extérieur pourrais améliorer les choses: Remise en cause, communication et souplesse d’apprentissage , dans un monde ou les choses bougent vites même trop vite parfois, l’immobilisme est votre pire ennemi , la non écoute des idées des plus jeunes est certainement un autre de ces écueils qui lui n’est pas propre à l’aikido , je peu vous citer l’immobilisme et la main mise d’une palanquée de personne ayant la science infuse dans d’autres fédérations comme la plongée sous marine (fédération que je connais très bien) par exemple.

    Finalement choisissez l’Aikido qui vous convient le mieux, soyez vous même et faites vous plaisir. La vie est trop courte.

    En vous souhaitant une bonne continuation à tous et au plaisir de se croiser sur un tatamis ou ailleurs.

    PS: ces idées n’engagent que moi et ma modeste personne, je n’ai qu’une faible expérience dans ce monde de l’aikido et n’estime pas avoir la science infuse.

    • G. dit :

      Bonjour, merci pour ce (long) commentaire. La route est longue, effectivement, et si ce chemin est celui qui vous convient le mieux, il faut le suivre autant que possible.

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