Un coup d’oeil sur le paysage de l’aïkidô en France (deuxième partie)

Ce billet est la suite d’Un coup d’oeil sur le paysage de l’aïkidô en France (première partie).

Des groupes « indépendants » initiés par les maîtres japonais…

A côté des deux fédérations agrées, existent d’autres fédérations et groupes, de tailles très diverses. Selon les objectifs ou volontés des dirigeants, des créateurs, dirigeants ou pratiquants, les frontières entre toutes ces entités peuvent ou non être poreuses (au point que certains groupes ont fait partie des fédérations « officielles » existantes en tant que tels ou en sont issus). De fait, la plupart des groupes de pratiquants « indépendants » (sous-entendu de la F.F.A.A.A. ou de la F.F.A.B.) se sont construits soit pour suivre un style particulier (sorti du giron de l’Aïkikaï), un technicien particulier (ou plusieurs) ou en raison d’un désaccord sur tel ou tel point par rapport à un autre groupe dont il a fait sécession. Ou autre.

Les premiers groupes auxquels on peut penser sont ceux qui suivent les grands styles « non-Aïkikaï » historiques. De manière assez paradoxale par rapport à ce que l’on pourrait penser, l’aïkidô (jû-jutsu) yoseikan de Minoru Mochuziki n’est quasiment plus présent en tant que tel en France, et subsiste essentiellement au travers de l’aïkido-jujitsu (Claude Falourd – I.M.A.F.) et d’une section de la F.E.K.A.M.T. Le style yoshinkan de Gozo Shioda est quant à lui présent depuis 1982 en France, diffusé par Jacques Muguruza au sein de l’Aïkidô Yoshinkan fédération de France. Bien que constituant l’un des styles majeurs de pratique dans le monde, il est, pour le moment, un style minoritaire en France (6 clubs seulement, selon le site de l’A.Y.F.F.).

La branche initiée par Kôichi Tôhei est représentée indirectement par plusieurs groupes : l’Association française de Ki-aikido (branche Ki federation of Great Britain – Williams) le Ki no kenkyukaï (branche Ki No Kenkyukaï Association Internationale – Yoshigasaki), et l’aïkidô yushinkaï (de Maruyama). Pour l’anecdote, la branche Williams a donné naissance à une nouvelle discipline, le kishindô, en France… Le dernier ensemble (et sans doute le plus important numériquement parlant) de ce type est constitué des pratiquants suivant les enseignements d’Hirokazu Kobayashi. Le principal groupe est celui dirigé par un de ses très proches élèves, André Cognard, l’Académie autonome d’Aïkidô Kobayashi Hirokazu, les autres (Institut d’Aïkidô et Aïkidô mouvement évasion) étant plus petits. Le groupe « Aïkiryû » (Charles Abelé) semble avoir, à l’instar d’autres, choisit d’orienter sa pratique dans une direction ne relevant plus de l’aïkidô proprement dit, alors que le groupe Aïdôi (revendiquant être l’aïkidô zen) de D. Lazennec est plus ambigu sur ce point.

D’autres lignées revendiquées

Il aurait été surprenant, lorsqu’on connaît même superficiellement l’histoire de l’aïkidô, qu’une personnalité comme celle de Morihiro Saitô n’influe pas sur la pratique et l’organisation de la discipline en France. De fait, la F.F.A.B. reconnaît le courant « Iwama ryû » en son sein. Cependant, y compris au sein de la F.F.A.B., différentes sensibilités s’expriment. Historiquement, ce courant fut en France « importé » en premier lieu par Philippe Voarino, un des créateurs de Takemusu Aiki Intercontinental (organisation indépendante). D’autres organisations sont présentes également, dont trois ont des représentants au sein de la F.F.A.B. : la Fundamental aikido association (Daniel Toutain), la Dento Iwama ryu France (groupe Hitohira Saitô) et Takemusu Aikido Renmei France (Jean-Marc Serio). Le groupe Aïki Bukikaï (Patricia Guerri) se revendique également de l’école de maître Saitô. Il est à noter que les situations de ces groupes vis-à-vis de l’Aïkikaï sont diverses, allant d’une reconnaissance officielle si ce n’est de l’organisation de ses membres à une franche « opposition », à l’instar des autres groupes « Iwama » dans le monde entier.

Le groupe Birankaï Europe de Kazuo Chiba, un des disséminateurs de l’aïkidô, organisation reconnue par l’Aïkikaï, est également présent en France, au sein de quelques dôjô (moins d’une dizaine), tout comme, sans commune mesure en terme de représentation internationale, l’École Itsuo Tsuda (qui associe le katsugen undô à l’aïkidô), menée par Régis Soavi. Le groupe Aikido Takemusu Aiki France se situe dans la ligne de Takeji Tomita, enseignement également représenté au sein de la F.F.A.B. Le dernier groupe de ce type est l’Association internationale d’Aïkidô traditionnel du Japon de Gérard Blaize, qui revendique l’enseignement de Michio Hikitsuchi, et qui fit partie de la F.F.A.B. (sous l’appellation Association française d’aïkidô, une des composantes de la fédération jusqu’en 2002). A noter également la présence de l’école Murashige, qui se réclame de l’enseignement d’Aritoshi Murashige.

Plusieurs groupes indiquent l’importance de l’héritage de Nobuyoshi Tamura en dehors de la F.F.A.B. : Eurasia Aikido (sous la direction de Nebi Vural), Mutokukaï (sous la direction technique de Yoshimitsu Yamada), l’Ecole de budô Raji (de Jaff Raji) ou encore le kishinkaï aïkidô (école fondée par Léo Tamaki, qui intègre également d’autres influences martiales). L’ACNA (association culturelle nationale d’aïkidô de Michel Bécart), qui appartient à l’organisation Sansuïkaï de Yoshimitsu Yamada peut également se placer dans cette mouvance.

Les autres groupes

aikido-kokyuhoD’autres groupes et influences, plus ou moins importants en taille (de un à quelques dizaines de dôjô, la plupart inférieure à la dizaine) ou historiquement également, sont également présents. On pourra ainsi citer, parmi les très petits groupes, l’École de la Marsange, animée par Jean-Gabriel et Jacqueline Greslé, l’École de Sumikiri fondée par Jean-Daniel Cauhépé, l’aïkidô tenjikaï, fondé par Pascal Olivier (influencé par l’aïkidô tendô ryû), le ban sen juku aïkidô de Seiji Tomita, l’aïkidô global de Dominique Balta, le Kenko Kenyo Aiki (aïkidô Shingitaï ryû) de Patrick Dimayuga,  l’école Tenchi d’aïkidô ou encore l’aïkibudoviet, ayant la particularité pour une pratique d’aïkidô d’être « hébergé » au sein d’une fédération d’arts vietnamiens et de délivrer des grades « dangs ». Je n’ai pas réussi à déterminer si la structure École française d’aïkidô (deux ou trois clubs, apparemment) est toujours active, ou identifier l’historique du Cercle d’aïkidô traditionnel, fédération regroupant 16 clubs (chiffre 2013 revendiqué). L’enseignement d’un 7e dan bien connu des amateurs de cinéma, Steven Seagal, est également suivi au sein du Wago dôjô. Cinq groupes sont (selon mon estimation) de taille plus importante :  l’Aikitaïjutsu ryu Abe – fédération nationale de Jean-Pierre Le Pierres, la Fédération d’aïkidô traditionnel – école Daniel André Brun, le G.C.E.R.C.C.E. de Michel Soulenq et l’EPA/ISTA d’Alain Peyrache et l’Aïkido traditionnel – dojos autonomes, issue de la précédente vers 2008.

Pour finir cet inventaire, il est sans doute souhaitable d’indiquer que deux groupes, le Shoyukan Aïkikaï France (créé par Daniel Jean-Pierre) et le Ryushinkan France (direction technique Minoru Kanetsuka, établi en Grande-Bretagne) délivrent également des grades Aïkikaï. La fédération Aïkikaï reconnaît, en France, cinq organisations : la F.F.A.A.A., la F.F.A.B., le Birankaï, le Shoyukan et la Fédération polynésienne d’aïkidô. Ce dernier cas peut sans doute s’expliquer en raison du statut particulier de collectivité d’outre-mer de la Polynésie française, statut impliquant une autonomie large par rapport à la métropole.

Conclusion

Le paysage français de l’aïkidô, bien que essentiellement perçu au travers du prisme des fédérations agréées, est donc très morcelé : à ce jour, j’ai pu « identifier » plus d’une trentaine d’entités, avec des parois qui ne sont pas réellement étanches. Bien que ce billet n’ait pas eu pour objectif de présenter un historique, ou une généalogie précise, de ce foisonnement, des grandes lignes se dessinent souvent sur les raisons ayant conduit à la création de ces différentes entités, à leurs séparations ou à leurs fusions.

Cependant, on peut d’ores et déjà ajouter plusieurs points. Le premier d’entre eux est que le poids des fédérations agréées reste important, tant en représentativité qu’en nombre de pratiquants (même si le chiffre des licenciés au sein de ces fédérations est supérieur au nombre de pratiquants d’aïkidô). Le deuxième est, qu’à mon avis, si le chiffre de 60000 pratiquants d’aïkidô en France est réellement atteint, il n’atteint pas la barre des 100000 pratiquants comme j’ai pu le voir écrit, surtout dans une période de désaffection des arts martiaux « classiques » (comprendre jûdô-karaté-aïkidô) au profit de « nouvelles » disciplines olympiques (taekwondo) ou non (wushu). Les chiffres sont d’ailleurs assez difficiles à évaluer en dehors des fédérations agréés dont certaines données sont disponibles au public (mais pas forcément sur les sites internet fédéraux).

Enfin le troisième point, c’est que la pérennité des groupes présentés n’est en aucun cas garantie, y compris pour les groupes les plus gros, comme nous l’enseigne l’histoire de l’aïkidô « fédéré » (y compris l’histoire récente).

On pourra se référer pour des éléments historiques aux livres de Michel Hamon, Histoire de l’aïkido en France aux éditions Guy Trédaniel, et de Guy Bonnefond et Louis Clériot, Histoire de l’aïkido – 50 ans de présence en France, chez Budo éditions.

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A propos G.

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10 commentaires pour Un coup d’oeil sur le paysage de l’aïkidô en France (deuxième partie)

  1. Fabrice dit :

    Bonjour,

    Merci pour ces infos.
    Il semble qu’un des pionniers de l’Aïkido Français et pas des moindre ait été oublié.
    Michel Bécart Shihan 7è dan, ACNA membre du Sansuikaï groupement de Yoshimitsu Yamada

    Cordialement,

    • G. dit :

      Bonjour,
      merci pour m’avoir signalé l’omission, d’autant plus que Michel Bécart n’est effectivement pas le premier venu… Je corrige, je corrige.
      A bientôt !

  2. Le Murashigeryu crée en Belgique en 1979 et en France rattaché depuis peu à la FEKAMT.

  3. Manuel dit :

    Bonjour et l’école cocatre de bushido de vence.
    Il le se make qu’il font partie des pionniers en France.
    Bien à vous

    • G. dit :

      Bonjour, il ne s’agit pas dans ce billet de refaire l’histoire de l’aïkidô en France. Cependant, même si Raymond Cocatre peut être considéré comme l’un des personnages de l’histoire des arts martiaux en France, son impact sur l’aïkidô est, à ma connaissance, extrêmement faible, voire inexistant.

  4. corpechot dit :

    bonsoir,
    l’ecole de sensei R.Cocatre ne me parrait pas si faible que cela, pour y avoir été éléve de
    1961 à 1974, et qui à perduré bien après mon départ.
    nous y etions une bonne cinquantaine, avec un groupe de corses Paoli,genovese,belloni et moi,
    et tous les grades y etaient présent et très strictement respectés.
    En outre j’ai été enseigné rue de la montagne Ste geneviéve une année et je suis revenu
    au dojo de la rue parmentier, devant le peu d’efficacité rencontrer pendant cette année.
    beaucoup d’entre nous pratiquaient d’ailleurs d’autres disciplines en sus comme le kendo
    le Iai, ji-jutsu , tonfas, etc..qui complétait bien notre approche de l’aikido
    amicale salutations
    Ludovic C.

    • G. dit :

      Je ne comprends pas trop la teneur de votre message. Je dois sans doute revenir sur mon propos. Il est à peu près, sauf preuve du contraire, clair pour moi que même si Raymond Cocâtre est un nom qui apparaît bien dans l’histoire des arts martiaux français, l’impact qu’il eut sur l’aïkidô français est indéniablement très faible, voire quasiment inexistant.
      Ce n’est, bien sûr, pas pour ça qu’il doit être ignoré 🙂

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