L’arbre et l’art

« Je n’arrive pas à comprendre le lien entre les armes et la pratique à mains nues ». Une phrase que j’ai entendue il y a peu sur les tatamis, mais qui n’est pas une nouveauté pour un pratiquant d’aïkidô avec un peu d’ancienneté. De manière globale et dans toute discipline « construite » et cohérente, d’ailleurs, faire le lien entre différentes techniques enseignées puis, par la suite, en faire émerger des principes communs  qu’on peut s’approprier est une préoccupation constante.

Du catalogue au contenu

Le débutant est, dans l’extrême majorité des cas, dans une optique d’assimilation d’un catalogue technique. Objectif : ceinture noire. Car la ceinture noire, ou équivalent, correspond à la maîtrise d’un certain nombres de techniques plus ou moins complexes de l’école. En tout cas, c’est souvent comme ça que le présentent les guides divers et variés à l’usage du pratiquant néophyte, quelles que soient leur nature…  On est dans ce cas très éloigné d’une approche plus globalisante, visant – par exemple – à cibler des principes bruts à travailler pour les exprimer par des techniques. Et ce, même si ces approches sont en droite ligne issus de choix de transmission (plus que de pédagogie(s)). Quoi qu’il en soit, l’exploration du pratiquant s’arrête souvent à une liste de techniques proposées. Autrement dit, à la surface des choses.

Si l’on se restreint au un « catalogue », deux techniques qui semblent éloignées resteront éloignées. Au sein d’une même discipline cohérente, il devient impossible de faire un lien entre, par exemple, une pratique à mains nues et une autre avec une arme : les deux groupes resteront définitivement séparés. La discipline, en tout cas pour le pratiquant n’ayant pas construit ces ponts, perd de sa cohérence. Pour illustrer ce point, on peut citer le cas de l’aïkidô tel qu’enseigné dans la ligne Saitô revendique une transposition forte des principes entre leurs pratiques à mains nues, du sabre et du bâton. Quoique l’on puisse penser de cette vision des choses (et des différentes visions de la discipline au-delà de la lignée suivie), il est évident qu’aucun élève dans cette ligne ne peut en revendiquer une connaissance approfondie en ignorant cette transposition. Et donc des principes sous-jacents revendiqués dans ce cas.

Les principes, ce qui fait et défait le lien

Comment alors passer de la surface au fond ? Question importante puisque dépendante de la place du « catalogue » dans le système d’enseignement choisi. Comment, en effet, pour le volume du catalogue technique comparer systema et Daïtô ryû ? Et même une école de karaté et une de taïchi ? C’est là qu’intervient l’enseignant. Dans une vision moderne (et occidentale), son rôle est normalement d’aider l’élève à dépasser les frontières que semble imposer la forme, et de parvenir à transmettre les points-clés et principes transversaux de la discipline. Programme ambitieux s’il en est : il suppose que l’enseignant a déjà su lui-même dépasser la « simple » énumération technique, et proposer un enseignement cohérent en lui-même. Dans d’autres visions, il est du ressort de l’élève de comprendre, de deviner le « truc » derrière la technique (et comme souligné par différents maîtres, cela dépend également du niveau de l’élève). Il s’agit d’un autre type de pari : celui que l’élève puisse atteindre une maturité suffisante pour ce faire, et de voir ce qu’il faut voir. A condition que l’enseignant propose cette chose…

Quelle que soit la manière choisie, comprendre les liens entre les différentes applications d’un même principe (transversalité) est un des meilleurs moyens, si ce n’est le meilleur, de « polir » une pratique en évitant de s’accrocher à des détails qui s’avèrent secondaires, voire à une forme en ignorant ce qui fait son efficacité. Comme si on exécutait un ippon seoi nage en jûdô en « oubliant » le principe fondamental de déséquilibre. Cette vision n’est pas purement intellectuelle : sans comprendre, même au niveau instinctif, il devient difficile de construire des bases solides sur lesquelles apprendre, et encore moins d’accélérer un apprentissage, si c’est nécessaire. C’est, à mon avis, le premier obstacle réel à la transmission intégrale d’une école : arriver à un résultat (presque) identique revient alors à une tentative de redécouverte permanente.

Les racines, le tronc, les branches

Chacun, une fois l’idée assimilée, peut essayer de l’imprimer réellement dans sa pratique, et pourquoi pas (comme ici) de transmettre. Pour ma part, l’image de l’arbre me parle beaucoup : par analogie, ce qui est visible (les frondaisons) représente la technique (la forme), le tronc l’essentiel, ce qui permet aux techniques d’exister, et les racines ce qui donne les raisons des principes appliqués. Et comme pour l’arbre, les principes vivent à la fois par les racines et par les branches et applications. De plus, l’arbre est un organisme vivant, comme doit l’être une pratique : il ne faut jamais cesser de l’alimenter, de la faire croître. Beaucoup de travail en perspective, mais surtout d’application et d’envie.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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