Aïkidô en France : données fédérales en 2017

Depuis quelques années, les lecteurs de ce blog et du magazine Dragon spécial aïkidô le confirmeront, je m’intéresse à l’évolution de l’aïkidô à la fois en termes d’écoles et surtout, de manière plus quantifiable, en termes d’évolution démographique en France. Ainsi que des autres pratiques, mais plus discrètement. L’avantage relatif, pour ce dernier point, est que contrairement à d’autres contrées (dont le Japon), beaucoup de pratiques martiales sont structurées en France autour de fédérations (agréées ou délégataires), qui sont tenues de transmettre des données au ministère de tutelle. Données rendues publiques par la suite. Ce qui est encore plus intéressant pour l’aïkidô, c’est que les fédérations concernées, la FFAAA (fédération française d’aïkidô, aïkibudô et affinitaires) et la FFAB (fédération française d’aïkidô et budô) bien que multi-disciplinaires, ont des effectifs majoritairement composés de pratiquants licenciés pour l’aïkidô.

Des questions habituelles…

La question centrale, depuis des années, reste la même : comment évoluent les effectifs de licenciés des fédérations concernées (qui sont, en raison de leur représentation majoritaire des pratiquants d’aïkidô, une très bonne indication de la santé de la discipline en France) ? En 2017, la réponse reste globalement la même depuis des années : en baisse. La FFAAA perd 1,4 % de licenciés, la FFAB 2,3 %. Autrement dit, ce sont les deux fédérations (avec la Fédération française des Arts Energétiques et Martiaux Chinois – F(F)AEMC, qui perd 1,4 % de ses licenciés) qui ont les plus mauvaises progressions proportionnelles en terme d’effectifs parmi les FFSCAM. En termes d’effectifs bruts, la FFAAA perd 393 licenciés (effectif 2017 : 27292), la FFAB 614 (effectif 2017 : 26070). Si l’on considère les ATP (autres types de participation, autrement dit des licences « temporaires »), ou plutôt si on ne les considère pas, la FFAB ne perd que 2 % de licenciés par rapport à 2016 (la FFAAA n’en présente pas).

Variation du nombre de licenciés au sein des fédérations d’aïkidô (période 2000-2017, sans ATP). Données ministérielles.

Comme l’an dernier, l’évolution du nombre de licences par sexe indique que la perte d’effectifs est masculine. Plus que ça, elle est exclusivement imputable, pour les deux fédérations, à la perte de licences « homme ». En effet, les nombres de licences « femme » sont en hausse (+84 à la FFAAA, +226 à la FFAB), ce qui rend d’autant plus importante la perte en licences masculines par opposition (-474 à la FFAAA, -840 à la FFAB).  Enfin, si comme l’an dernier, l’on considère l’évolution du nombre du club, on pourra remarquer que la FFAAA en compte 13 de plus (soit 935) alors que la FFAB en perd 5 (soit 890). Il s’agit d’ailleurs de la seule FFSCAM avec la FFE a présenter cette régression en implantations.

Quelques détails utiles (ou non)

Les effectifs des fédérations agréées de l’aïkidô sont en baisse. C’est désormais un constat assez habituel, les années d’augmentation étant plutôt rares. Plus inquiétant (?) encore, si l’on considère que plusieurs groupes « indépendants » ont été ou sont en cours d’absorption (par exemple le DIRAF pour 2016 à la FFAB), la situation globale de l’aïkidô en France n’apparaît pas comme très brillante. Surtout si l’on compare aux autres FFSCAM (F(F)AEMC exceptée), certains – relevant essentiellement de pratiques pieds-poings – présentant au contraire des croissances constantes (et parfois très rapides). Sur cette population, on remarque une progression – relative et en chiffre (sauf 2012-2013 pour la FFAAA) – de la population féminine (les licenciées passent au total de 25 à 29 % de 2012 à 2017).

Évolution de l’âge des licenciés (FFAAA et FFAB).

Le troisième point intéressant à observer est l’évolution de l’âge des licenciés, illustrée par le graphique présenté ci-dessus (je vous conseille de l’agrandir en cliquant dessus). Hormis pour les classes d’âge basses (0 à 14 ans) et très haute (80 ans et plus), on observe une décroissance visible des populations jeunes et une croissance des populations plus âgées, le « pivot » (où l’on constate une évolution « plate » sur quelques années) se situant sur les classes 45 à 49 ans et 50 à 55 ans. On peut également constater que les tranches d’âges les plus élevées constituent une part plus importante des licences à la FFAB qu’à la FFAAA. L’aïkidô est donc une pratique qui attire plutôt des personnes d’âge moyen voire plus. A fin d’illustrer, par comparaison avec les effectifs d’autres FFSCAM, on constate en 2017 que la tranche d’âge médiane (tranche d’âge où l’on dépasse les 50 % des licenciés de la fédération) est des 30 à 34 ans pour la FFAAA et la FFAB, alors que seule la F(F)AEMC avec une classe d’âge médiane de 55 à 59 ans présente un profil de licencié plus âgé. Puis viennent la FFL avec une classe d’âge médiane est de 25 à 29 ans, et la FFKBMTDA avec une classe d’âge médiane est de 20 à 24 ans.

Conclusions, remarques et le reste

Bien sûr, il est possible de développer sur les données ministérielles, mais les grandes lignes sont là. Résumons, en 2017, pour l’aïkidô, si l’on regarde les seuls chiffres :

  • baisse continue (ou presque avec le rebond de l’an dernier) des effectifs. Cela fait des années (plus de 13 ans pour la FFAAA, plus de 17 pour la FFAB) maintenant que la barre des 30000 licenciés n’a été atteinte par aucune des deux fédérations (malgré ce que dit la publicité…).
  • la baisse des effectifs s’accompagne d’un vieillissement des licenciés. L’aïkidô ne peut vraiment pas être perçu comme une « discipline de jeunes », et on est très loin des résultats des fédérations « pieds-poings ».
  • la pratique se féminise.

Ces chiffres traduisent une « certaine » réalité, dont la perception peut être encore affinée par d’autres comparaisons et considérations (étude des répartitions des clubs et licences, etc.) sur la base des chiffres communiqué au public par le ministère chargé des sports en France (sur la base de chiffres communiqués par les fédérations concernées, ne l’oubions pas).

Bien qu’il faille rester conscient qu’il ne s’agit qu’ils constituent d’abord un constat sur l’intérêt que peut susciter la discipline, et auprès de qui, ces résultats peuvent (et doivent) être considérés à l’aune des micro- ou macro-politiques (au sens de gestion de la communauté) conduites ou non. D’ailleurs, à ce propos, n’hésitez pas à aller voir les réflexions et pistes de Pierre Fissier l’aïki kohaï.

 

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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3 commentaires pour Aïkidô en France : données fédérales en 2017

  1. Patz dit :

    Il serait intéressant de connnaître le nombre de clubs qui ont une section enfant et pour quel âge.
    Ne pas développer l’aikido pour les enfants est une erreur tant les valeurs prônées pour cette discipline.
    Accompagner les clubs pour la création d’une section enfant est indispensable pour capitaliser sur l’avenir

    • G. dit :

      Bonjour.
      Ces données ne sont pas en ma possession, et il est assez difficile de faire une projection réaliste par département avec les données disponibles sur cette question.
      En fait, il serait aussi intéressant de savoir comment se fait le découpage et la fréquence des cours pour ces cas, et éventuellement – pour aller plus loin – qui (age, sexe, grade) s’occupe de ces cours.
      Mais toutes ces données ne sont pas demandées aux fédérations par les autorités ministérielles (en fait, il est difficile de les « normaliser »). La seule chose que l’on peut noter est qu’il est souvent (mais pas toujours) demandé à un club d’avoir une section enfants…
      D’ailleurs, ce ne sont pas les seules données manquantes qui ont une pertinence.

  2. Patz dit :

    « pronées pour cette discipline trouvent écho chez les parents »

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