La résurgence du grade illégitime

Triomphe romain. Allégorie du grade obtenu. L’esclave sur le char rappelait au triomphateur qu’il restait un homme. Il lui demandait aussi sûrement si ses conquêtes étaient des hochets ou des jalons.

Comme chaque année à cette période, ici, se produisent des examens de passages de grades dans les différentes disciplines martiales qui nous intéressent. Comme chaque année, on revoit toujours les mêmes discussions se produire dans les vestiaires, qu’ils soient réels ou virtuels. Jusque là, rien d’extraordinaire. Et une fois l’examen passé, et le grade – même petit – acquis, on se posera la question du mérite du nouveau diplômé. Autant de questions induites que je ne souhaite pas aborder imaintenant. Par contre, vient rapidement la question de la légitimité du grade. Grande question2

…car elle englobe un certain nombre de considérations3. Et c’est là, qu’intervient la résurgence du grade illégitime. Pour deux raisons. La première est qu’il n’y a pas que les grands maîtres chinois qui ont vocation à empoisonner la vie du pratiquant. La deuxième, c’est que ce phénomène touche à la question profonde du sens de la pratique et de la progression (là, c’est du sérieux, mine de rien). Mais on a parlé ici de grade illégitime, sans en clarifier le sens. Dans ce billet, le grade illégitime est celui qui est un hochet pour le pratiquant, une « simple » décoration, contrairement au grade-jalon, l’étape sur la Voie, absout de toute suspicion4.

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Le début des ennuis ? (Remise du 8e dan Aîkikaï à Christian Tissier, photo issue de son site)

Pour en discuter un peu, écartons les grades dit de reconnaissance, qui ne font pas partie d’une progression, donc forcément illégitimes5 ici. C’est fait. La résurgence du grade illégitime est un état partagé qui nécessite au moins deux protagonistes. A ma gauche (virtuelle), une victime, à ma droite (virtuelle aussi), un manipulateur6, même inconscient. De ma droite va donc venir la question : « es-tu à la recherche d’un hochet, ou parcours-tu la Voie ? ». À ma gauche, s’ensuit un grand questionnement, et une certaine confusion. De là à s’en remettre à l’avis forcément éclairé venu de ma droite peu de temps après la question, déroulant l’ordre : motivation puis grade puis école puis… à la fin, l’invitation à venir rejoindre ma droite7. Diantre.

C’est là qu’il est temps de faire quelques remarques. La première est que quelque soit le contexte (technique essentiellement), le grade est censé marquer un niveau. La deuxième est que si ma première remarque est vraie (elle l’est), la résurgence du grade illégitime a ceci d’étonnant qu’elle dépend d’un état d’esprit. Et selon cet état d’esprit, le reste restant inchangé, le niveau jugé n’est pas le même… Et plus encore, selon l’état d’esprit antérieur et surtout postérieur, il change encore. De quoi motiver à atteindre les hauts grades (ou le sans-grade) pour considérer les petits comme des jalons. Rétrospectivement. Mais c’est un autre état d’esprit, et ce serait en faire du mauvais qu’insister lourdement dessus.

Alors, critiquer un grade en raison du passage, de l’école qui le délivre, d’un jury, ou autre, pourquoi pas. Il y a des arguments valables et variables, et tout pratiquant ayant un peu d’expérience peut proposer ses exemples vécus ou rapportés. Par contre, présenter un grade comme illégitime à la seule considération d’une motivation qui n’est pas à la hauteur d’un discours… Cela semble un peu léger.

Notes

1. Qu’il soit interne à une école, fédéral-au-sens-de-reconnu-par-l’état, fédéral-mais-l’autre, devant jury avec variation de composition incluse ou plusieurs, etc.
2. Ou non, mais disons-le, si la question est accessoire, le billet n’a plus trop de sens.
3. Ou non mais… on aura compris.
4. La considération devient presque celle de l’éthique du grade. Un vrai débat, mais comme dit plus haut, c’est autre chose.
5. Et là, on parle du sens du grade. Un vrai débat. Aussi.
6. Comment appelleriez-vous quelqu’un qui vous dévalue en se posant comme juge de votre motivation ? Et si on rajoute une volonté de devenir votre référence, votre phare spirituel dans votre errance indigne ? Voilà.
7. C’est à ce moment que je précise qu’il n’y a aucune métaphore politicienne dans ce texte.
8. Vous en connaissez beaucoup des candidats qui vont à l’examen sans espérer l’avoir ? Même un peu ?

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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