Kiaï : beaucoup de bruit pour rien ?

Expression du kiaï en kenjutsu.

Peu importe la dénomination : les arts de combat asiatiques sont, avec le tennis féminin, l’haltérophilie et le bucheronnage à l’ancienne, de grands utilisateurs du cri lié à l’effort. En un mot comme en cent, le fameux kiaï (気合), souvent compris par le néophyte comme le « cri qui tue ». Parlons-en, un peu. Et pas trop fort.

Le cri…

La perception du kiaï est souvent celle, non pas de la pratique martiale, mais du cinéma ou des séries de genre. Le cri du guerrier, du combattant, qui va rythmer tout le combat, sans réellement s’interrompre, même lorsque le staccato des frappes à mains nues ou aux armes se fait entendre, pendant quatre ou cinq minutes. Il devient d’ailleurs aussi le cri de la concentration des énergies avant même l’explosion de violence programmée, celui de Bruce Lee ou de Ken le Survivant (Son Gokû étant clairement dans la catégorie au-dessus). Le combattant de fiction est bien souvent un maître du chant lyrique ou de hard rock (suivant son registre), pour tenir une note aussi longtemps. Ce qui n’est pas possible dans une situation « réelle », celle du vrai combattant, et aussi de ceux qui s’entraînent pour le plaisir (ou autre), et en trois dimensions. Alors ? Le kiaï pour le pratiquant c’est autre chose. Et, bien que l’image soit également répandue, on est loin également du « cri qui tue » de la légende, celui qu’aurait poussé Miyamoto Musashi et qui aurait estourbi un scorpion (ou un oiseau, selon qui raconte l’histoire).

…ou le souffle …

Dans la plupart des pratiques, aborder le kiaï relève en premier lieu de la fusion au sein du groupe d’entraînement. Le groupe crie, comme le professeur, il faut bien faire pareil. Mais même à ce niveau (qui n’est pas celui du kiaï en tant que tel), « vocaliser » les temps participe à la fois à la construction technique et à celle du corps. Construction technique, parce que la respiration est marquée aux endroits « idéaux » et participe au rythme. Construction du corps, parce que l’action et la respiration se lient – de manière forcée au début : l’action impose un cri, puis, peu à peu, la respiration fait partie intégrale de l’action. Du cri à l’expiration, le kiaï n’ayant pas forcément besoin d’être sonore. Le passage en « mode apnée » ne permet pas de « libérer le geste » et en limite donc l’efficacité. C’est d’ailleurs souvent au son émis que l’on reconnait un cri « forcé » (celui du débutant) d’un véritable kiaï d’un pratiquant plus expérimenté : cela peut surprendre…

Qui agit ?

…et c’est un effet collatéral. Si le cri qui tue est effectivement exclu (et toutes les explications qui vont avec), le crie qui paralyse ne l’est pas. Ou plutôt, le cri qui sidère, suffisamment longtemps (et longtemps, c’est court) pour laisser l’opportunité d’une action, comme les autres techniques de distraction : il s’agit de libérer le geste pour l’un et de le ralentir pour l’autre. On en revient finalement à la notion d’union/harmonie () qu’évoque le terme même de kiaï : le son est la traduction d’un corps efficacement mis au service de la technique. Et dans ce cas, on est loin, comme le souligne par exemple Me Mitsusuke Harada du Shotokaï karate, du cri nécessaire à la marque en compétition de kendô ou de karaté, ou de celui d’auto-encouragement du sportif ou du militaire chargeant.

A lire aussi : Faut-il obligatoirement faire le kiaï ? par Nicolas Lorber.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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Un commentaire pour Kiaï : beaucoup de bruit pour rien ?

  1. Ping : A lire en avril 2018 – NicoBudo

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