Le grain de sable

Attention, par la suite l’auteur admet que le « jargon scientifique mélangé aux arts martiaux ça donne un pti coté chelou » (selon l’Aïki kohaï, que je remercie au passage).

Les arts martiaux constituent un ensemble de pratiques extrêmement diverses, avec pour but d’appréhender une confrontation à petite échelle, symétrique ou asymétrique, et d’en sortir. Pour employer une métaphore, il s’agit d’empêcher la mécanique de sa vie d’être grippée par un grain de sable. Mais finalement, c’est bien la gestion du grain de sable qui est au centre des préoccupations « martiales », et des outils proposés.

Le grain de sable, cet essentiel

L’essence de l’entraînement est – quelles qu’en soient les modalités propres – d’apprendre à gérer une situation « anormale ». Pour un physicien, cela revient à modifier les conditions initiales d’un système dynamique. Donc, d’introduire un grain de sable pour voir ce que ça donne, au final1. Et le physicien de rajouter que ce grain de sable à quelque importance dans ce qui peut se passer à la fin. Ou non. Dans le cas qui intéresse le physicien, le nombre (ou parfois le type) de solutions – et leurs dépendances aux conditions initiales – et en soit intéressant.

Pour un pratiquant d’arts martiaux, et nonobstant tout débat philosophique, la finalité affichée est : préservation de l’intégrité du pratiquant, c’est-à-dire un seul type de solutions2. Et ce quelles que soient les conditions initiales3. Le grain de sable à donc son importance, dans l’apprentissage. Quelles sont les réactions à proposer, puis à intégrer, à un étudiant ? On peut distinguer deux façons de réagir dans les arts martiaux : soit anticiper/connaître tous les grains de sable métaphoriques4, soit connaître quels sont les types de grains pour s’adapter au mieux.

Du grain à son effet

Du point de vue du physicien, cela revient à proposer soit, dans le premier cas, des solutions exactes à chaque problème, soit dans le deuxième cas, à proposer un type de solution pour un type de problème. La première solution est assez binaire (problème résolu ou non), et n’admet pas de flou sur la connaissance des conditions initiales. Le deuxième est plus « souple », et ne considère pas de barrières étanches entre telle ou telle condition initiale et la réponse à apporter. Et c’est ce qu’on retrouve à l’heure actuelle dans les disciplines martiales : d’une part des systèmes basés sur des réponses précises à des attaques précises (que j’appellerai par la suite »agglomérants »), d’autre part des systèmes basés sur des types d’attaques (« plastiques »).

De mon point de vue, si les systèmes agglomérants – quels qu’ils soient – ont l’avantage de l’apprentissage rapide initial (c’est-à-dire de certaines formes), ils sont rapidement dépassés en intérêt par les « plastiques », sur la simple question de l’adaptabilité (c’est-à-dire l’identification des principes sous-tendant). Cependant, il est parfois difficile de faire la différence entre ces deux types de systèmes dans le cadre de certaines écoles… Ou plutôt dans le cadre d’enseignements au sein d’une école.

Le grain de sabre, calcul5 ou perle ?

La perturbation et sa gestion dans un cursus martial – quelle que soit la pratique – en constituent au minimum les bases, et un appui à la réflexion sur son évolution. Ainsi, l’introduction de nouveaux éléments (confrontation à d’autres gabarits, autres cadres, etc.) peut servir (et a servi) comme moyen de discrimination dans telle ou telle optique d’école. Un des exemples les plus visibles pour ceux qui s’intéressent au sujet est l’évolution des kata (et de leur présence) au sein des écoles de karaté, d’Okinawa vers le Japon puis vers le monde entier, et de leur utilisation. Mais d’autres exemples (dont celui des « modes » martiales) en sont autant d’illustrations.

L’exploitation de la gêne subie et sa transformation (de subie à dissipée) est donc essentiel dans l’abord d’une pratique et de son enseignement. Indépendamment de problématiques techniques, la cohérence d’un système doit s’exprimer en fonction de ce choix fondamental d’agglomération ou de plasticité de réponses, une fois un certain niveau atteint.

Notes

1. Le physicien adore les conditions initiales, celles aux limites, et aussi les papillons.
2. Les autres étant, globalement, désagréables pour celui à qui le problème est posé. Même si le désagrément peut être symbolique.
3. Conditions « raisonnables » dans le contexte « prévu ».
4. Et non métamorphique. Les géologues amateurs ou non apprécieront.
5. Caillou ou calcul, c’est la même chose. En tout cas, en latin.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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Un commentaire pour Le grain de sable

  1. Ping : A lire en décembre 2017 – NicoBudo

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