Nihon taï jitsu : une référence en anglais – la recette

L’interview proposée ici s’éloigne un peu de ce qui a déjà été fait dans ce blog. En effet, lors de l’écriture de l’article sur Nihon tai jitsu the official syllabus from White Belt to Shodan, je n’ai pu me détacher d’une question qui me préoccupe depuis longtemps : quel est le mécanisme de représentation d’une discipline martiale dans ce contexte ? Comme Xavier, son auteur, est quelqu’un de très disponible, il m’a fait l’amitié de répondre rapidement à mes questions lorsque je lui ai proposé l’idée de ce billet. Je l’en remercie.

Essai de couverture pour Nihon tai jitsu the official syllabus from White Belt to Shodan (crédit : Xavier Duval/Frédéric Lespine).

L’écriture est, en soi, un exercice qui n’est pas forcément évident. Elle possède ses codes, qui sont variables selon le but recherché (et le volume produit). Et écrire des billets au fil de l’eau n’est pas la même chose que de rédiger un manuel sur une discipline martiale : les requis sont différents, imposant un travail tant sur le texte que sur les illustrations. Et les résultats peuvent être aussi bons que mauvais, avec des appréciations changeantes selon le niveau attendu par le lecteur. C’est ces points qui seront abordés par la suite.

[Paresse martiale] Bonjour Xavier. C’est la deuxième fois que je propose un entretien avec toi sur ce blog, mais cette fois-ci pour une raison très particulière : ton rôle de rédacteur d’un livre sur le Nihon taï jitsu, ta discipline. Je rappelle que tu l’enseignes à Hong Kong, et que tu t’investis également dans d’autres disciplines de formation du corps (aunkaï bûjutsu, yoga…). Entrons tout de suite dans le vif du sujet : pourquoi ce manuel ?

En enseignant à Hong Kong, je me suis vite confronté à un problème, le monde du Nihon taï jitsu est surtout francophone et hispanophone. Typiquement les livres du fondateur, Roland Hernaez, couvrent l’intégralité du programme de l’école, mais ils sont en français. Il existe aussi des ouvrages en espagnol, mais de fait rien en anglais.

En parlant avec mon ami Romain Guihéneuf qui enseigne le hankido, il m’a dit qu’il travaillait sur un manuel pour ses élèves et je me suis dit que ça serait une bonne idée de faire la même chose pour les miens.

[P.M.] Quel était ton cahier des charges initial ? Et comment l’as-tu défini ?

L’idée était de faire quelque chose de simple, qui couvre uniquement le programme jusqu’au shodan, mais qui au-delà des techniques couvre ce qu’un pratiquant shodan devrait savoir en termes d’historique, d’étiquette, et de compréhension des fondamentaux. Au sein de la fédération mondiale de Nihon taï jitsu, les passages de grades incluent d’ailleurs un entretien qui couvre ces notions, il me semblait donc important d’en parler.

J’étais parti au départ sur quelque chose de très simple, destiné uniquement à mes élèves. Et puis je me suis pris au jeu et j’ai essayé de faire quelque chose qui tienne la route. Une fois terminé je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas le partager de manière plus large, et qu’il pourrait peut être apporter modestement sa petite pierre à l’édifice.

[P.M.] Quelles ont été les difficultés « immédiates », celles auxquelles tu t’attendais ?

Je m’attendais à ce que cela prenne du temps, et effectivement cela m’a pris 18 mois pour le finir. Heureusement j’étais entre deux emplois les 5 premiers mois et ça m’a beaucoup aidé pour avancer, en me laissant le temps de faire des recherches et d’écrire plusieurs heures par jour. Évidemment le temps a de nouveau été un problème quand j’ai repris une activité professionnelle…

Le plan n’était pas réellement en souci parce que j’ai su très tôt ce que je voulais écrire, dans quel ordre, et comment. C’est le faire qui a pris du temps, et l’illustrer qui a été le plus difficile, mais j’y reviendrai. J’avais aussi prévu que quelques unes de mes idées seraient graphiquement difficile à mettre en place vu mes piètres qualités de designer, mais heureusement Fred a comme toujours été d’un grand secours et m’a beaucoup aidé de ce point de vue.

[P.M.] Et forcément, quelles ont été les difficultés qui ont surgi lors de la conception de ce livre ?

Il y en a eu plusieurs, tu t’en doutes.

La première a été d’ordre technique, quand il a fallu choisir l’outil qui me servirait à produire l’ebook. J’étais d’abord parti sur iBooks Author, pour pouvoir le sortir en ePub, et ça n’a pas été un succès. Déjà parce que la quantité d’images faisait considérablement ramer le logiciel. Ensuite parce que les éléments bougeaient d’une façon qui ne me convenait pas selon la taille de lecture.

Une fois trouvé un outil qui me convenait, le problème le plus conséquent a été celui des illustrations, et j’avoue que cet exercice a renouvelé mon admiration pour tous les gens qui m’ont précédé pour réaliser des ouvrages sur les arts martiaux. Pour te donner une idée, je n’ai pas de photographe professionnel, pas de studio, et assez peu d’élèves (surtout à cette époque). La lumière dans le dôjô n’était pas optimale, ce qui avait pour conséquence de nécessiter un plus grand temps d’exposition. En mouvement ça veut dire des photos floues, ou prises au mauvais moment. Il a donc fallu les refaire de très nombreuses fois. Le dôjô lui-même était assez abimé, et le mur notamment était en très mauvais état. J’utilise le passé parce que le dôjô a depuis été détruit. La conséquence pour moi a été de devoir « repeindre » électroniquement certaines parties du mur. C’est rapide sur une photo, un peu moins quand il faut le faire plus d’une centaine de fois… Enfin le fait d’avoir peu d’élèves et pas de photographe professionnel implique que parfois (souvent) tu prévois de prendre des photos mais il n’y a qu’une personne au cours et donc personne pour prendre les photos.

En bref sans que ce soit de très grosses difficultés, ça a forcément compliqué la tâche.

La dernière difficulté que j’ai rencontrée a été pour la distribution. Il m’a fallu un peu de temps pour réussir à le passer en format Kindle, et j’ai du refaire l’intégralité la mise en page il y a 2 mois pour la version papier que plusieurs personnes m’avaient demandée.

[P.M.] Ton livre possède une facture très « classique », avec une contextualisation historique, suivi par la partie « technique ». Penses-tu que cette forme est la plus adaptée à ce que tu souhaitais communiquer ? Et pourquoi ?

Elle est classique, mais je cherchais faire un manuel de base pour des gens partant de zéro. Le format “classique” me semblait, et me semble toujours le plus approprié. J’ai en revanche quelques idées pour d’autres ouvrages, qui auront un format un peu différent si je trouve le temps de les faire.

Essai de couverture pour Nihon tai jitsu the official syllabus from White Belt to Shodan (crédit : Xavier Duval/Frédéric Lespine).

[P.M.] Tu sais que certains livres sur les arts martiaux privilégient le dessin à la photographie pour illustrer la technique. Quelle est ton impression sur l’illustration technique par la photographie ? Un avantage, un inconvénient ?

Je suis convaincu de l’intérêt des dessins parce qu’ils permettent de transmettre l’essentiel en simplifiant énormément. Je ne l’ai pas fait pour la simple raison que… je ne sais pas dessiner. Même avec une tablette graphique pour retravailler à partir de photos il m’aurait fallu un temps considérable pour arriver à quelque chose de potable.

[P.M.] Si tu avais ce livre à refaire, ou une version révisée à faire, quels seraient les changements que tu introduirais ?

Si je devais le refaire aujourd’hui j’essaierais probablement de trouver un meilleur système pour les illustrations. Peut-être en louant un studio pour avoir une bonne lumière et des photos de qualité.

Je changerais probablement un certain nombre d’éléments dans le texte également parce que ma pratique a évolué, mais j’imagine que c’est le cas pour toutes les personnes qui écrivent un livre ou font un DVD, ça n’est finalement qu’une image de notre pratique à un instant T.

[P.M.] Ma dernière question : est-ce que le fait d’écrire ton livre a été un facteur d’enrichissement de ta pratique ?

Pas réellement dans le sens où je n’ai fait que mettre sur papier les idées que j’avais en tête à un moment donné. En revanche j’ai trouvé vraiment intéressant de pouvoir les consolider dans un seul document et de pouvoir donner ça comme référence à mes élèves. C’est une chose d’avoir toutes nos idées en tête, mais pouvoir les poser par écrit permet de rendre les choses plus claires. C’est pour cela que je tiens un blog, mais le format livre présente le gros avantage de raconter une histoire, d’avoir une trame.

Ça m’a aussi permis de me rendre compte du travail que ça représente et surtout de la difficulté qui va avec. Mon respect pour Roland Habersetzer, qui a écrit un nombre considérable d’ouvrages à une époque où la technologie ne rendait pas cela aussi simple qu’aujourd’hui, a honnêtement été démultiplié. On peut toujours trouver à redire sur les ouvrages que l’on lit, que ça soit sur le contenu, le format ou les images, mais en réaliser un par moi-même m’a permis de réaliser la quantité énorme de travail réalisée en amont.

[P.M.] Je te remercie pour toutes ces réponses !

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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Un commentaire pour Nihon taï jitsu : une référence en anglais – la recette

  1. Impatiente d’avoir ton livre et de pouvoir aussi l’offrir👏

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