Nihon taï jitsu : une référence en anglais

Couverture de Nihon Tai jitsu, tous droits réservés.

Passer de la pratique à la description « théorique » (bien qu’illustrée) n’est pas toujours l’exercice le plus facile pour les arts martiaux et sports de combat. En premier lieu parce qu’il s’agit de traduire un travail du corps à la fois en terme de langage et d’illustrations. Un exercice qui plus proche de l’écriture scientifique que de celle d’un roman, avec ses écueils (comme on a déjà pu le voir sur ce blog) et ses règles. Le sujet de ce billet est le livre électronique de Xavier Duval (dont vous pourrez trouver l’interview ici), Nihon tai jitsu the official syllabus from White Belt to Shodan, sur la discipline qu’il enseigne, le nihon taï jitsu – le premier du genre en anglais, d’après ce que je sais.

Organisation de l’ouvrage

Ce manuel (ou programme : syllabus) de 92 pages se présente de manière très classique et « basique » (basique ne veut pas dire inintéressant, précisons-le) : le plan se déroule en cinq parties principales, deux contextuelles (histoire et étiquette dans le dôjô) et trois techniques (fondamentaux, techniques basiques et katas). Un schéma adopté par de nombreux ouvrages sur les arts martiaux, et que connaissent donc les amateurs, et qui permet sans doute d’aller le plus rapidement possible à l’essentiel. De courtes parties annexes (introduction, présentation de l’auteur et appendices) sont également disponibles. De manière générale, l’ouvrage semble se centrer sur l’essentiel, pour offrir au lecteur un aperçu général de la discipline plus qu’une description exhaustive (après tout, le titre de l’ouvrage indique un programme jusqu’au shodan, ce qui reste toujours partiel).

Abordons les parties une à une. La partie historique est assez soignée, et s’articule autour des maîtres de référence de la discipline (ceux à l’influence indéniable) et, bien entendu, de son fondateur, Roland Hernaez. Xavier Duval a choisi dans cette partie de mentionner l’influence de l’école Gyokushin ryû jû jutsu dans les recherches de maître Minoru Mochizuki, qui seront par la suite intégrés dans son enseignement et iront irriguer plusieurs écoles issues du Yoseikan. Bien que bien construite et relativement riche (sachant que l’ouvrage est un manuel et non un livre d’histoire de l’art), on y trouve une petite imprécision – je laisse les lecteurs la trouver, mais elle est mineure  – et il aurait peut-être été intéressant de séparer l’historique de l’école de la biographie proprement dite de Roland Hernaez.

Feuilletage

Nihon tai jitsu. Illustration tirée de l’ouvrage (p.36) avec accord de l’auteur. Tous droits réservés.

La partie consacrée à l’étiquette dans le dôjô est – également – très classique, et ne tranche pas avec ce que l’on peut trouver ailleurs, aux détails spécifiques de la pratique du nihon tai jitsu près (ceintures, par exemple). Cependant, le reishiki étant indissociable des arts martiaux japonais ou d’inspiration japonaise, cette partie était incontournable. Elle est suivie par la partie Fondamentaux (Fundamentals). Bien que, comme la partie consacrée à l’étiquette, il s’agisse d’un exercice obligé pour un tel ouvrage, Xavier Duval a choisi de développer et d’illustrer ces fondamentaux sur quasiment vingt pages, ce qui n’est pas si courant. Cela permet – à mon sens – d’illustrer le fait que ces fondamentaux ne sont pas si nombreux que ça, qu’ils sont transverses aux techniques qui seront présentées par la suite, et totalement indispensables à la pratique.

Quelques points soulevés dépassent d’ailleurs le seul cadre du Nihon tai jitsu, pour se retrouver ailleurs (structure, ma aï, etc.) : c’est une des raisons pour lesquelles je reste particulièrement intéressé par ces textes. Les deux parties qui suivent – Basic techniques (techniques basiques) et Kata – décrivent les arrangements techniques (séries d’attaques réponses de base, kata) considérés comme « de base ». L’essence technique de la discipline, en quelque sorte. L’occasion pour le lecteur d’essayer de comprendre cette essence, et parfois de constater les ressemblances et différences avec ses propres connaissances (qu’elles soient lexicales ou d’exécution).

Au final ?

L’ouvrage de Xavier Duval est bien construit, mais, avant de conclure, il faut en parler de certains de ses défauts (peu nombreux, disons-le immédiatement). Ce livre est un ouvrage « amateur », au sens où l’ouvrage n’est pas un ouvrage de commande par un professionnel de l’écriture) : ce point se retrouve dans les illustrations de l’ouvrage : choix du lieu, des partenaires, éléments qui peuvent laisser sur les lecteurs sur leur faim. Cependant, on est (très) loin de certains photo-montages hasardeux que l’on peut parfois rencontrer, et on peut faire remarquer que ce problème d’illustrations est une constante des ouvrages d’arts martiaux à vocation pédagogique. L’autre reproche que l’on peut faire est l’absence d’un programme indicatif clairement affiché (par ceinture ?), ce qui est peu paradoxal si l’on suit le titre.

Au final, ce livre ne déparerait pas avec d’autres ouvrages sur les arts martiaux, bien au contraire. Il permet d’avoir un aperçu de la discipline Nihon tai jitsu, qui est loin d’avoir l’audience (et donc la bibliographie associée) la plus importante dans le monde des disciplines de combat.

Ce livre électronique est disponible sur le site du dôjô hong-kongais de Xavier Duval.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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