Koshi nage (腰投) – projection par la hanche (aïkidô)

Koshi nage (croquis de Takako Kunigoshi - illustration de Budo renshu).

Koshi nage (croquis de Takako Kunigoshi – illustration de Budo renshu).

S’il y a une technique, ou plutôt un ensemble de techniques, qui posent problème à l’aïkidôka moyen, ce sont bien les koshi nage, projections par la hanche. Ce qui peut sembler assez étonnant, ce type de projection étant assez « instinctif » – il suffit d’observer des bagarres chez les enfants – et présent de manière très courante dans les arts martiaux et sports de combats, qu’ils soient anciens ou de créations récentes. Discutons-en un peu.

Opposition(s) ?

Même si la hanche peut être « mobile » dans une action (en percussion, par exemple), le principe de base reste d’utiliser la hanche, voire le bassin plus largement, comme point de pivot pour une projection. Koshi nage, en aïkidô, correspond à un ensemble technique. C’est souvent lorsque l’on prend conscience de ce fait que la comparaison avec le jûdô s’impose, ne serait-ce que parce que les nomenclatures sont différentes : la classification du Kôdôkan identifie 11 techniques comme faisant partie du groupe koshi waza (腰技). Mais comme souvent, comparaison vaut opposition.

Morihei Ueshiba - Koshi nage.

Morihei Ueshiba – Koshi nage.

Trois thématiques apparaissent. Le premier est que – visiblement – en aïkidô, la chute est toujours subie en « harmonie », l’harmonie étant prise comme synonyme de « bon cœur », « avec avenant », etc. Cette notion d’harmonie ne recoupe pas, selon moi, l’idée du « volontariat heureux » – surtout dans le cadre d’un art martial, comme l’est l’aïkidô après tout. Le deuxième est que certaines (si ce n’est toutes) techniques du répertoire « jûdô » relevant du koshi waza sont considérées comme des techniques de sacrifice (sutemi), ce qui est incompatible avec l’aïkidô. Et bien sûr, rien n’est plus faux… Même s’il existe effectivement des (rares) techniques de sacrifice (je pense à ura nage), et que toute technique peut se transformer en sacrifice, l’idée de base est bien de rester debout (que l’on soit dans une optique compétition, martiale ou éducative).

Incompréhension(s) ?

La troisième est que les koshi nage sont souvent trop difficiles à subir (et peut à effectuer ?) pour les débutants en aïkidô. Alors pourquoi sont-ils abordés par ceux du jûdô dès les premiers pas sur le tatami ? Pourquoi faudrait-il, en dehors de variations autour de techniques très contraignantes (autour de shiho nage, par exemple), réserver l’apprentissage à des gens déjà  » bien formés », voire, comme entendu, supprimer cet apprentissage ? Cela semble très surprenant, quand on sait qu’un koshi nage basique permet une chute avant qui s’organise à hauteur de hanche. Autrement dit, qui combine l’avantage d’une hauteur relativement faible avec un contrôle assez simple de la chute.

Lors d’une conversation sur le sujet, l’une des raisons qui avaient été évoquées pour cette appréhension de la chute estampillée « koshi nage » semble plus contrainte que d’autres. En particulier, prolonger une chute est relativement difficile, et se recevoir (chute plaquée) n’est pas forcément simple. L’une des raisons est probablement que l’action s’organise de hanche à hanche, et que l’espace ainsi laissé pour développer le mouvement est relativement restreint, et l’action rapide (la distance parcourue lors de la projection est faible). Mais… comme soulevé plus haut, le contrôle de la chute est assez simple, et il est possible, dans une optique d’apprentissage de la chute, d’utiliser une saisie au col comme « sécurité ».

Koshi nage, autour d’un « point »

Koshi nage (étape). Illustration tirée de Budoscope – Découvrir l’aïkido (N. Bialokur – Ed. Amphora).

Koshi nage (腰投), comme indiqué en introduction, désigne un ensemble technique dont le point commun est l’utilisation de la hanche comme pivot pour projeter. On peut toujours discuter des frontières entre nomenclature et technique (quand est-ce qu’irimi nage devient un koshi nage, par exemple), mais qu’en est-il de la frontière « spatiale », celle où le pivot est installé ? Encore une fois, revenons au jûdô, et plus précisément au nage no kata (投の形). Ce « kata des projections » se décompose en cinq séries de trois techniques chacune, effectuées à droite et à gauche : la deuxième est Goshi waza (腰技), et présente donc des techniques « de hanches ».

Ce qui est intéressant est que ces techniques de hanche ne s’effectuent pas au même « niveau », même si le centre de gravité de tori se situe plus bas que celui d’uke. La première, uki goshi (« hanche flottée ») utilise la hanche (et le corps) comme pivot vertical, la deuxième, harai goshi (« hanche balayée »), se fait autour d’un axe oblique et avec un travail de la jambe. La dernière, tsuri komi goshi (« hanche pêchée »), organise la chute de uke autour d’un axe horizontal correspondant peu ou prou au bassin. Dans les faits (en aïkidô), il m’a rarement été donné de voir autre chose que de variations autour d’une alternance axe horizontal (déplacement)/axe vertical (projection), ce qui correspondrait à tsuri komi goshi. Mais cela reste une vision très « arrêt sur image », la réalité allant de plus en plus vers un pivot autour d’un point au fur et à mesure d’une progression technique, point qui ne se situe plus forcément sur la crête iliaque (« pointe de la hanche »), mais plus bas ou plus haut. Jusqu’à s’apparenter parfois à des projections d’épaule.

Une « technique » comme une autre

 Au final, il est difficile de dire en quoi cet ensemble technique se singulariserait par rapport aux autres. L’apprentissage d’une chute spécifique ? Si c’est le cas, alors pourquoi enseigner shiho nage plus avant, la contrainte sur le bras dans son ensemble pouvant être difficile à gérer, en tout cas plus qu’une simple chute avant. La complexité technique ? Un « simple » irimi nage peut être plus difficile à comprendre. Un ajout « récent » dans le répertoire ? Budô renshu et Budô, deux ouvrages proposant des photos des débuts de l’aikidô, prouvent le contraire. Et plus encore, quelle que soit la « forme » retenue, et quelle qu’en soit l’histoire (forme issue du daïtô ryû, apport du jûdô, emprunt au Yagyû shingan, etc.), les koshi nage font partie du panel technique de la discipline.

Et il n’y a aucune raison de ne les travailler qu’après plusieurs années de pratique…

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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3 commentaires pour Koshi nage (腰投) – projection par la hanche (aïkidô)

  1. cerf8d dit :

    Aïkidoka (même si je n’ai pas de club pour pratiquer régulièrement) et judoka depuis maintenant un peu plus de 3 ans, je me permets d’intervenir pour donner quelques précisions.

    Tout d’abord en judo les techniques de hanches ne sont pas des sutemi. Éventuellement, haraï goshi ou ô goshi peuvent se terminer en maki komi (projection en utilisant une chute avant). Mais ce n’est pas la forme fondamentale de ces techniques.

    Ensuite en aïkido, pour koshi nage, on m’a appris deux formes fondamentales, l’une effectivement en (sode) tsuri komi goshi. Mais la plus simple (entrée en ikkyo omote) est plus proche de ô goshi.

    • G. dit :

      Nous sommes tout à fait d’accord.
      Ma propre expérience du jûdô fait que je suis resté très perplexe devant cette affirmation (qui n’était absolument pas étayée, en plus).
      En aïkidô, effectivement, les « koshi » que j’ai le plus souvent rencontrés sont sur des bases (sode) « tsuri komi goshi », et ô goshi. A tel point que le glissement vers la jambe travaillé lors de certains stages avait perdu des pratiquants d’aïkidô. Mais ça reste largement possible !

  2. Mandon dit :

    Le sutemi est à considérer comme une façon d’offrir son propre déséquilibre à uke ……le mot « sacrifice » est un non-sens d’un point de vue martial…le sutemi n’est pas le sacrifice 《suicidaire》 de tori.. mais une initiative construite pour obtenir l’avantage du combat.
    Denis

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