Les consignes : réflexions

illustrationIl y a des sujets et interrogations qui reviennent encore et toujours dans l’apprentissage d’une pratique martiale. Parfois, de loin en loin, parfois, assez étonnamment, de manière très « concentrée » dans le temps. Sujet du moment : le respect des consignes. Que cette question soit abordée par un débutant est peu étonnant. Qu’elle soit abordé par un très haut gradé (Christian Tissier en l’occurrence) lors d’un stage national, cela peut sembler un peu plus surprenant pour les élèves du jour. Dans les deux cas, les réponses sont importantes pour la pratique, du moins selon ma compréhension actuelle.

Expliquer

« Mais pourquoi faire comme ça, et non pas comme ça ? ». Comme dit plus haut, dans la bouche d’un débutant, cela ne surprend pas (pour peu qu’elle soit posée hors cours). Cependant, elle n’est pas si anodine que ça. Tout d’abord, dans d’autres cadres d’apprentissage, qu’ils soient de loisir ou plus « sérieux », la question se pose rarement, à bas niveau, du moins. Dans des systèmes martiaux « traditionnels » (le mot est toujours à prendre avec des pincettes), ou plutôt historiques, idem. Dans des systèmes martiaux plus modernes, et en Occident, l’apprentissage est de facto influencé par l’image que l’on se fait de la discipline et son positionnement par rapport à d’autres disciplines. Autrement dit, la confrontation peut s’inviter là où elle doit impérativement se faire oublier : dans la mise en place et le travail des « bases ».

Illustrons ce problème par un exemple simple. Dans le cadre d’un exercice, supposons qu’une attaque rectiligne induise une réponse commençant par un déplacement sur un côté défini1. Le but de l’exercice étant d’étudier la problématique du déplacement. Si l’attaquant précède le déplacement de l’attaqué (qu’il connaît), l’attaqué doit, s’il essaie de rester dans le cadre stricte de l’exercice imposé, enchérir en se déplaçant plus vite, plus loin. Et l’attaquant de surenchérir. Il devient donc vite impossible de travailler le déplacement… Un exercice imposé est, à la différence de la confrontation réelle, un évènement contrôlé : on réduit volontairement le nombre de paramètres que l’apprenant doit gérer afin de se concentrer sur un point particulier (ou plusieurs), en faisant en sorte que les autres paramètres favorisent cette étude particulière. Ce qui veut dire qu’en modifiant les paramètres, on a de très fortes chances de changer également l’objet de l’étude (une boucle de rétro-action, en quelque sorte).

Comprendre

C’est en tout cas la théorie. Dans un cours « correct » (c’est en tout cas ce que j’ai compris), une idée de construction est justement de se baser sur une évolution du nombre de paramètres à gérer (en général une augmentation) pour aborder un sujet. C’est d’ailleurs dans cette optique que sont normalement construits les exercices formels, kata, tao, quyen, peu importe leurs noms, dans les écoles martiales2. Si on peut facilement admettre qu’un débutant ne perçoive pas cet intérêt du cadre, il est plus difficile d’admettre d’un « confirmé » que, connaissant cet intérêt, il ne le mette pas en pratique. De manière volontaire ou non.

Les raisons sont multiples. La plus simple est de ne pas avoir compris l’exercice en lui-même. C’est vrai lorsque la différence de niveau entre ce qui est montré et ce qui est possible pour l’élève, et ça l’est également lorsque l’attention n’est pas à son maximum (que le premier à qui ce n’est jamais arrivé jette la première pierre). La deuxième est parfois la conséquence de la première : le niveau d’attention, ou plutôt sa qualité, vis-à-vis d’un travail peut dépendre du niveau qu’on a soi-même atteint. Si l’on croit avoir compris l’exercice, le risque est d’introduire des explications, ou des « adaptations » (du « statique » au « dynamique », par exemple, modification d’un angle, etc.)… qui en modifient aussi le sens par rapport à ce qui est enseigné. Une des conséquences possibles, et non souhaitables, de la relation senpaï-kohaï dans les arts martiaux japonais, par exemple. Ou simplement d’une mauvaise compréhension du rôle de uke, dans le même contexte.

Donner

Le respect d’une consigne – telle que voulue par l’enseignant – implique qu’elle soit comprise par les élèves, même si cette compréhension dépend de leur niveau (ou plutôt, de leur passé3). Cette notion était déjà bien intégrée dans des cursus d’écoles martiales « traditionnelles », et reste bien sûr d’actualité, y compris dans les enseignements de disciplines plus modernes, et donc plus « massifiées ». Pour le professeur, le problème sera celui de la transmission : quoi, à qui, et comment.

Notes

1. En gros, toute étude de sortie d’une ligne d’attaque, telle qu’on peut la retrouver en aïkidô, kenjutsu, jûdô, etc.
2. On pourra lire à ce propos l’article de Nicolas Delalondre « Le kata, véhicule des principes » sur son blog ou celui de Xavier Duval, « Dépasser la forme du kata », sur son blog.
3. Parler d’un niveau reste relatif, même au sein d’une même discipline. Dans des disciplines assez polymorphes, comme l’aïkidô, la place de la méthode pédagogique et des choix stratégiques de branche peuvent jouer sur la compréhension de tel ou tel exercice.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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