La démonstration : le rôle des partenaires

Une rapide réflexion sur l’utilité du partenaire durant l’exercice de démonstration. Merci à Arnaud et Xavier pour les échanges ayant donné lieu à ce billet.

Maître Kase (karaté shôtôkan) en démonstration.

Taiji Kase (karaté shôtôkan) en démonstration.

Comme je l’écrivais il y a un certain temps déjà, les démonstrations font partie des outils originels de communication originels des arts martiaux et sports de combat. Il s’agit pour une école, une discipline, de proposer à un public une vision de son travail, plus ou moins poussée en fonction des capacités des démonstrateurs, du « message » à faire passer et, bien entendu, du cadre de la démonstration. Dans ce contexte particulier, des discussions avec plusieurs interlocuteurs différents sur le sujet a – toujours – fait revenir une question : dans une démonstration à deux ou plus, quelle est la part de chacun dans la réussite de la dite démonstration ? Ou : est-il nécessaire d’avoir un « bon » partenaire ?

Une question lancinante…

Cette interrogation est – quelque soit le niveau de pratique que l’on a – une constante. Il suffit de tendre l’oreille, pour entendre de la part de non-connaisseurs que certaines démonstrations sont « truquées » (trop facile, forcément), ou de connaisseurs que « ça tombe tout seul », d’entendre parler de « ukes formatés » (même si le débat est plus large que dans le simple cadre de la démonstration), etc. Disons-le clairement : la plupart du temps, c’est totalement vrai. Une démonstration d’arts martiaux est toujours truquée, parce qu’elle présuppose toujours un résultat qui est que les participants vont s’en sortir sans trop de casse, et qu’en conséquence, des précautions sont prises pour y arriver. Ça tombe tout seul (enfin tout reste très relatif) pour cette même raison. Des partenaires formatés ? Oui, pour comprendre le « sens » de la démonstration, c’est très souvent le cas, même si parfois on fait avec des partenaires du moment (mais qui se trouve pouvoir comprendre rapidement des bases essentielles). Dans un sens, la démonstration et l’idée du kata (si on est dans une optique japonaise) se rejoignent.

Une fois compris qu’une démonstration d’arts martiaux est une donc bien une démonstration, et non une séquence de combat véridique (sans doute moins qu’un entraînement), on peut se pencher sur les acteurs proprement dits, et plus particulièrement sur les « seconds rôles ». Comme l’écrit Xavier Duval dans son blog, « imaginez une démonstration de Christian Tissier1 sur un débutant… la fluidité, la dynamique du mouvement risquent d’en prendre un coup ». Dans un cadre « habituel » pour ce pratiquant, c’est-à-dire des démonstrations de « haut niveau », c’est effectivement très dommageable. Est-ce que cela remet en cause son niveau technique ? Non, évidemment, mais il est cependant plus que souhaitable pour ses partenaires de pouvoir subir sans dommage le niveau technique et physique attendu. C’est-à-dire qu’il est impératif pour ces partenaires de posséder eux-mêmes un niveau technique et physique qui le permet. L’aïkidô serait-il un cas isolé ? Pas vraiment. Si l’on reste dans un cadre comme celui Bercy ou de la Nuit des arts martiaux traditionnels, on peut également voir d’autres pratiquants de haut niveau, « fournissant » eux-mêmes leurs partenaires : pratiquants de styles okinawaïens de karaté (Uechi ryû, Gojû ryû, etc.2), de capoeira3, etc. De fait, dès qu’un « échange » entre un ou plusieurs est nécessaire, cette précaution qui semble élémentaire est prise. Mais cette exigence ne reste pas confinée à ce type de présentations…

L’indispensable second rôle

Démonstration lors du festival annuel du Soburen (2013). Crédit : Jo Keung.

Démonstration lors du festival annuel de la Zen Nihon Sogo Budo Renmei (2013). Crédit : Jo Keung.

Pour des raisons pratiques, il semble donc difficile de se passer, dans le cadre d’une présentation/démonstration d’une discipline particulière, d’un partenaire (ou de partenaires) connaissant les canons de pratique à un niveau « acceptable ». Et dans un sens, ces pratiquants sont identifiés comme tels par le spectateur, même si l’affichage d’un grade (s’il est « visible ») peut tempérer l’appréciation du comportement attendu4. Dans certaines disciplines (dont la mienne), les partenaires réguliers des pratiquants-phares sont clairement identifiés, et cette qualité est parfois mise en avant, moins par les intéressés eux-mêmes que par ceux qui les suivent. Après tout, il s’agit d’une marque de confiance et, dans un sens, de la reconnaissance du démonstrateur.

Cependant, une fois ces remarques faites, une question importante reste : est-ce que dans ces conditions, la démonstration reste représentative d’une certaine réalité de la discipline ? Il est parfois – surtout quand on n’a pas d’expérience – extrêmement difficile de faire la différence entre ce qui relève du pur spectacle (sans fond martial) et de ce qui relève de réels capacités (avec du fond, cette fois-ci). A tel point qu’un très bon démonstrateur bien entouré devient presque « contre-productif » pour l’image de sa discipline, la virtuosité étant « atténuée » par l’impression de facilité qui peut se dégager… De fait, c’est bien de la teneur du message d’une démonstration dont il s’agit : s’il est parfois tentant de montrer un combat (mais selon quelles règles5 ?), celui-ci ne peut clairement faire passer le ou les messages à passer.  Dès lors, et quel que soit le niveau voulu, avoir des partenaires permettant de mettre en avant ces messages devient une condition de réussite de la démonstration.

Notes et références

1. Pour ceux qui ne le connaissent pas (encore), Christian Tissier, 8e dan de l’Aïkikaï de Tôkyô, est l’une des têtes d’affiche de l’aïkidô français, et l’un des pratiquants les plus en vue de l’aïkidô mondial. Il est connu du grand public (martial) pour ses démonstrations (très) dynamiques, en particulier lors du festival des arts martiaux de Bercy.
2. Les contrôles de structure dans l’exécution d’un kata comme sanchin (quelle que soit sa version) par exemple se font à la frappe, ce qui ne permet pas au tout venant de faire des remplacements au pied levé.
3. La capoeira se démarquant assez fortement de pratiques considérées comme plus classiques…
4. Il existe une exception (réelle, et non de circonstance) à ma connaissance à ce fonctionnement : celle de l’héritier d’une école. Mais cette exception est elle-même à relativiser.
5. Contrairement à ce que peuvent affirmer certaines personnes, aucun combat sportif ne s’effectue sans règle… Et ces règles influencent ses modalités.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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