La force du symbole (ou l’inverse), parlons un peu du MMA

Combattantes en MMA. Photo sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5.

S’il est un domaine dans lequel beaucoup de questions se posent, c’est bien celui de l’enseignement et de la pratique des disciplines de combat, armé ou non. Des questions sur l’efficacité de la méthode, bien entendu, et de quelle efficacité il est question, sur la dimension sportive ou culturelle (un argument de vente, incontestablement), et bien sûr, sur la pertinence éducative de telle ou telle méthode (avec encore savoir ce qu’éducatif veut dire). Et tout ce questionnement est mis en lumière pour le grand public grâce au débat entourant le MMA (mixed martial arts) en France, et le rôle central qu’y joue la fédération de jûdô (FFJDA).

Le sport ou l’arène ?

Comme souvent repris, le MMA est pointé du doigt en France sur trois points. Le premier est le déroulement du combat au sol (qui autorise les coups), le deuxième est le déroulement du combat tout court dans une « cage » (l’octogone). Un troisième point est également présent : l’absence de règles. Points qui, selon le Ministère chargé des sports et la très puissante FFJDA contreviennent à la recommandation  R (99) 11 du conseil de l’Europe. Et contestés, entre autres, par la Commission nationale de MMA, organisation visant la promotion de cette discipline. De quoi alimenter quelques débats (dont un entre Bertrand Amoussou, de la CNMMA et Jean-Luc Rougé, président de la FFJDA dans Stade 2, émission grand public sur France 2, que l’on pourra visionner ici).

Est-ce aussi simple ? Non, clairement. Déjà, la fameuse absence de règles (qui a été souvent utilisée comme argument promotionnel) n’existe pas, même si celles-ci peuvent varier, ce qui se fait également en boxe anglaise, par exemple. Le déroulement dans une cage (encore un affichage très « gladiateur ») est au fond peu différent du ring, et permet effectivement d’éviter des projections par dessus les cordes, un des éléments des spectacles de catch. Enfin, les coups au sol ne semblent pas porter plus de préjudice, surtout entre combattants formés, que certaines pratiques plus « recommandables » (et reconnues). Sur ces points, il devient de plus en plus difficile de maintenir une interdiction de la compétition.

La question des valeurs (du sport)

Reste l’angle des valeurs véhiculées par le MMA, par opposition à celles des arts martiaux (comme le jûdô, par exemple). L’angle d’attaque choisi dans le débat cité précédemment était que le but du combat était dégradant, puisque le K.O. était recherché, alors qu’ailleurs (comprendre boxe), non. Ayant un peu pratiqué le jûdô en compétition je pense que j’ai mal compris la notion d’ippon (一本) comme mise hors-combat symbolique. Mise hors-combat symbolique, recherchée et parfois bien réelle (par étranglement, choc, membre brisé, etc.) quel que soit le niveau de compétition. Dans ce cas, doit-on interdire également le jûdô en compétition (ainsi que les autres sports de combat à mains nues) ? L’ambiance jeux du cirque ? Je pourrais parler de quelques comportements inacceptables en compétition (ou en cours), mettant à mal le code moral du jûdô, ou celui d’autres disciplines (comme indiqué ici, par exemple). De quoi s’interroger légitimement, non ?

Que le MMA et sa pratique (et d’éventuelles mercantilisations à outrance) fassent débat, c’est normal et légitime. Comme les autres disciplines. Par contre, si cette effervescence pouvait générer moins d’argumentaires bancals et permettre une auto-critique des pratiques ou plutôt des cadres de pratique, ce serait bien mieux. A mon sens.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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Un commentaire pour La force du symbole (ou l’inverse), parlons un peu du MMA

  1. Justin Ternet dit :

    Merci de dénoncer cela.
    Bien-sûr qu’il y a, en France et en Belgique, quantité de sports de combat qui sont réduits à un spectacle dégradant. Et cela, malgré la loi, tout simplement parce que celle-ci se trompe de cible :

    Ce qui pose problème avec les MMA, c’est leur présentation, et non-pas les combats en eux-même.
    La façon dont les MMA sont amenés et présentés (dans leur médiatisation ou dans la mise en scène pour le public sur place), constitue bien souvent une incitation à la violence pour la violence, même si ce n’est qu’une question de forme et non de fond (bien que parfois, vu le champ lexical utilisé, on peut se demander si ces formes rejoignent le fond, dans tous les sens du terme). C’est donc elle qui devrait être sanctionnée dans ces cas où elle est indécente si ce n’est tout à fait dégradante ; parce qu’en réalité, c’est essentiellement elle qui détermine ce caractère dégradant/indécent ou non.
    Et dans cette optique, on ne devrait évidemment pas en rester aux MMA : il y a quantité de sports de combat qui sont mis en scène de façon à en exacerber la violence comme si celle-ci était source de plaisir.

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