Serak et aïkidô : entretien avec un pratiquant

Ce billet est la première interview publiée dans ce blog, exercice que j’aimerais renouveler à l’avenir. Aujourd’hui, l’interview de Christophe, un ami pratiquant (lambda, comme moi) d’aïkidô et d’arts martiaux du sud-est asiatique. Ses propos reflètent son opinion et sa perception des choses.

Magazine Inside Kung-fu : couverture consacré au serak (Victor de Thouars). Tous droits réservés

[Paresse martiale] Bonjour Christophe, tout d’abord, pourrais-tu te présenter succinctement, martialement parlant ?

[Christophe] Bonjour, j’ai 36 ans et je pratique l’aïkidô depuis 1998, avec quelques trous dans ma pratique (accident de moto, travail…). Je pratique également depuis 2010 le kali (style Inosanto Lacoste) et le serak (art martial indonésien).

[P.M.]  Peux-tu nous parler un peu plus du serak (origines, bases techniques, cursus), qui est beaucoup moins connu que l’aïkidô ? Comment as-tu découvert cette discipline ?

[Christophe] Le serak est un art martial indonésien originaire de Java Ouest, créé par Pak Sera. Pak Sera avait un pied-bôt et un bras sous-développé ce qui explique la stratégie du système, à savoir pas de grands déplacements et une distance très courte, comme en lutte.
Le serak s’articule autour de 18 sambuts (amenées au sol) dont l’action se fait sur la structure du partenaire, notamment sur la colonne vertébrale. Ainsi que 18 jurus, sorte de mini kata, et différents langkha (enchainement des jurus en mouvement, en triangle, en croix…). Le travail des armes est également une partie importante du serak, notamment le couteau et le bâton court.

Pour le cursus, je suis, via mon professeur Jean-Yves Pernot, le cursus de Victor de Thouars, aménagé pour la France (uniquement 2h de cours par semaine).
On peut résumer les différents secteurs de travail comme suit :

  • travail des jurus (mains nues et avec armes).
  • travail des sambuts (amenées au sol).
  • travail des armes (couteau et bâton court).
  • travail de un contre plusieurs.
  • travail des frappes (boxe).
  • travail sur des diagrammes géométriques au sol.

Par le passé, mon professeur avait choisis de concentrer l’enseignement sur 8 jurus et 8 sambuts au lieu des 18. Le serak n’étant pas très visuel du fait de la distance, on ne comprend pas toujours pourquoi l’amenée au sol fonctionne, cela lui permettait de mieux insister sur les détails et de travailler lui-même avec les élèves pour nous faire comprendre les mécaniques. Il a constitué désormais un groupe d’élèves « avancés » ce qui lui permet de faire progresser les débutants plus aisément et donc de leurs enseigner dès la première année, mais toujours de façon progressive, les 18 sambuts et 18 jurus.

[P.M.] Pourquoi le choix du serak par rapport à d’autres disciplines « complémentaires » ?

[Christophe] Je ne cherchais pas de disciplines complémentaires. J’avais envie depuis plusieurs années de faire du kali, car j’aime beaucoup le travail des armes. L’association où je me suis inscrit pour le kali, propose également des cours de serak, sur l’insistance d’un élève, j’ai été faire le cours d’essai. J’ai accroché à la discipline ainsi qu’au professeur, qui n’a pas essayé de me vendre sa discipline, ni de me recruter.

[P.M.] Quelles sont les différences et ressemblances majeures entre ces deux disciplines, selon toi ?

[Christophe] La grande différence, c’est la distance de combat/travail, très courte.

Les ressemblances majeures à mon sens, c’est l’absence de force à mettre pour les amenées au sol et la notion d’irimi.

[P.M.] Qu’est ce que tu en retires pour ta pratique de l’aïkidô ? Et que t’apporte l’aïkidô dans ta pratique du serak ?

[Christophe] Je pense qu’avec le serak, j’ai mieux compris certains déséquilibres, ça m’a apporté également de nouvelles solutions quand je me « rate » en aïkidô et que je me retrouve trop proche du partenaire, tout en respectant l’esprit de l’aïkidô. J’ai également réappris les atémis, pas forcément la frappe qui va assommer, mais la frappe qui va créer une réaction pour pouvoir agir.

L’aïkidô m’a apporté une forme de corps qui se cumule très bien avec le serak (les coudes vers le bas, le bras dans l’alignement de mon centre…). Le relâchement nécessaire pour ne pas être tenté d’utiliser la force physique.

[P.M.]  Envisage-tu de continuer les deux pratiques de front ? En privilégies-tu une (et pourquoi) ?

[Christophe] Bien sur, tant que mes moyens financiers et que mon temps libre me le permettront.

Pour le moment, je privilégie l’aïkidô de fait, car j’ai 2 cours par semaine et que le serak ne propose qu’un cours.

[P.M.] As-tu déjà « testé » autre chose (je sais que oui) ? Quoi ? Tes impressions ?

[Christophe] J’ai fait un stage de kokodô jûjustu. J’ai bien aimé, mais à la fois trop proche et trop différent de l’aïkidô, pour que je pratique de façon régulière, ça serait à mon niveau un bon moyen de mal faire les deux. J’ai eu l’occasion de tester des cours de jiujitsu brésilien, et j’ai fait également un an de boxe thaïlandaise, mais j’ai dû arrêter faute de temps.

[P.M.] As-tu envie de tester ou même étudier quelque chose d’autre ?

[Christophe] Il y a d’autres arts martiaux qui me plaisent en effet, mais ceux que je pratique actuellement me vont très bien, et me laissent prévoir de nombreuses années de travail. Je ne vais donc pas me disperser, j’ai deux cours d’aïkidô par semaine, deux cours de kali et un cours de serak, ça ne me laisse vraiment pas le temps pour autre chose. D’autant plus que régulièrement, je vois aussi un ami pour qu’on teste des choses.

[P.M.] Plus personnel : quel est ton meilleur souvenir de pratique ?

[Christophe]  Difficile à dire, mais de manière générale les stages d’été à Poznan (Pologne) avec Pascal Norbelly (aïkidô) sont toujours de très bon souvenirs.

[P.M.] Pour finir, qu’est ce que tu souhaiterais transmettre au lecteur ?

[Christophe] Je ne pratique pas plusieurs disciplines pour combler des manques éventuelles entre elles, mais simplement parce qu’elles me plaisent. J’essaie de bien les dissocier, quand je suis a l’aïkidô, je ne pense pas au serak ni au kali et inversement. Comme dit un peu plus haut, lorsque je veux m’amuser, on se voit avec un ami et on teste des choses, donc parfois c’est du kali qui sort, parfois du serak et parfois de l’aïkidô, mais en cours je me concentre sur ce qu’on m’enseigne…

[P.M.] Merci pour ce moment !

[Christophe] Merci à toi, j’espère avoir répondu à tes attentes.

Si vous voulez avoir un aperçu ou pratiquer le serak, rendez-vous sur ce site. Pour pratiquer l’aïkidô, consulter cette page. Je souhaite encore remercier Christophe pour le temps qu’il a consacré à répondre à mes questions.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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