Démonstrations martiales : globalement, quels intérêts ?

Morihei Ueshiba (à droite) et Morihiro Saito (à gauche) en démonstration devant un groupe de forces japonaises d’auto-défense, prise en 1955. Image issue de la collection privée de M. Saito, publiée sur le site Aikido journal.

Festival des arts martiaux de Bercy, Nuit des arts martiaux traditionnels, journée des associations, voire même parfois lors de stages… Autant d’occasions de voir des démonstrations de pratiques martiales, plus ou moins bien mises en scène, avec des acteurs plus ou moins convaincants. Ces manifestations, dans leurs diversités, appellent toutefois la question de leur(s) intérêt(s).

En général : vers le grand public, sans têtes d’affiche (enfin pas toujours)

On peut grossièrement et immédiatement distinguer plusieurs types de démonstrations, selon le public visé d’une part et selon le « plateau » proposé, même si les frontières ne sont pas forcément étanches. Le public visé va donner un ton sur ce qui est proposé : une démonstration à destination du grand public mettra préférentiellement l’accent sur du « démonstratif », alors que pour un public plus « connaisseur », on peut se permettre de proposer un contenu plus en accord avec les canons de la discipline présentée, ou plus « profondément » travaillés. La qualité (ou plutôt, une certaine visibilité) des démonstrateurs va aussi drainer un public différent selon son niveau.

La majorité des démonstrations qui sont accessibles (et pour lesquelles tout pratiquant peut être appelé à participer) sont des manifestations de type « fête des associations », mais pas seulement. De gros évènements, pour lesquels les arts martiaux sont secondaires, peuvent également proposer des démonstrations s’inscrivant dans un contexte plus ou moins proche (on peut par exemple penser à la Japan Expo, qui présente des arts martiaux asiatiques ou d’inspiration asiatique). Dans tous ces cas, elles poursuivent souvent deux buts : assurer une sorte de vitrine « tout-venant » de la discipline et aider à un « recrutement » éventuel. A cette fin, une participation du public est souvent de mise (disons une fois sur deux et dans la bonne humeur) afin de l’aider à « sentir » la discipline. Ces occasions sont sans doutes les meilleurs pour toucher un large public, et peut-être démystifier certaines pratiques, même s’il reste toujours « quelque chose »  (les ciseaux volants du viet vo dao, ce genre de choses…), voire présenter un panel large de pratiquants (plus ou moins âgés, hommes ou femmes, etc.).

Les autres cas…

Franck Ropers (Pençak Silat) à la Nuit des arts martiaux traditionnels 6e édition (2012). Image tirée d'une vidéo personnelle.

Franck Ropers (Pençak Silat), en rouge, à la Nuit des arts martiaux traditionnels 6e édition (2012). Image tirée d’une vidéo personnelle.

D’autres manifestations à destination du grand public se font avec la participation de démonstrateurs « choisis » par les organisateurs en raison de leur niveau réel ou supposé, afin de proposer un spectacle (assumons le mot) martial, avec parfois des mélanges de genre. C’est typiquement le cas du Festival des arts martiaux de Bercy, organisé par le magazine Karaté Bushido, qui vit et voit passer de grands noms des arts martiaux et sports de combats (je n’en citerai aucun pour ne pas en oublier). Le but est clairement « ludique », destiné à un public assez hétérogène, et même s’il est sûr que les démonstrateurs ne considèrent pas leur performance à la légère, il est peut probable qu’un enchaînement de démonstrations épurées soient bien reçu par ce même public.

Par contre, dans des manifestations qui visent un public plus restreint (plus connaisseur ?), parfois choisi, avec des démonstrateurs de talent (parfois les mêmes que précédemment), comme la Nuit des arts martiaux traditionnels de Paris (organisée par Léo Tamaki) ou les Embu taïkai de Chaville (organisés par Jacques Muguruza), le but n’est sans doute pas tant le spectacle que la découverte d’un travail porté par un groupe. Les démonstrations y sont très souvent moins spectaculaires (encore qu’il y ait des exceptions), et mettent en avant un ou plusieurs aspects particuliers d’une école, parfois appuyées par quelques explications. On peut également, dans une certaine mesure classer les démonstrations d’écoles (japonaises, par exemple, comme il en est souvent fait écho sur le site Budoshugyusha), qui possèdent parfois des dimensions plus complexes (cérémonielles, par exemple).

Quel(s) intérêt(s) ?

Jigoro Kano en démonstration.

Jigorô Kanô en démonstration. Provenance non identifiée.

Les démonstrations constituent l’un des moyens qui ont servi à la propagation des pratiques martiales que nous connaissons. Ainsi, l’une des premières démonstrations de jûdô en France a été assurée par Jigorô Kanô lui-même  (1889), l’introduction du karaté au Japon à partir d’Okinawa fut grandement aidée par une démonstration de Gichin Funakoshi devant l’Empereur du Japon, etc. Elles font donc, tout du moins pour les arts martiaux et sports de combat modernes, partie des outils de communication « originels ». Les démonstrations actuelles, même si elles poursuivent un même but global, celui de faire connaître, se partagent entre le ludique/spectacle et l’informatif (même si les genres ne sont jamais totalement séparés). Si elles servent de porte d’entrée pour une exploration plus avancée d’une discipline, ou pour questionner sa propre pratique, leur rôle est parfaitement rempli.

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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