Aller vers le débutant

Malgré leur immense variété, les disciplines martiales, anciennes ou modernes, sérieuses ou non, extrême-orientales ou pas du tout, ont toutes un point commun : il faut y débuter. Débuter, c’est venir avec un bagage plus ou moins rempli, avec (ou contre) lequel il faudrait bien faire. C’est tout l’objet de diverses considérations sur l’« esprit du débutant » (shoshin en japonais), qui au final, est un des guides possibles de la pratique : même le pratiquant doit dépasser ses propres acquis. Mais débuter, ce n’est pas seulement ça.

Considérations

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Affiche de progression de la ceinture blanche vers la ceinture jaune (droits FFJDA).

Débuter dans les arts martiaux, c’est pousser la porte du dôjô (dojang, kwoon, ce que vous voulez). Ce premier pas est déjà influencé par de nombreux paramètres : on peut penser qu’un adulte ou un adolescent pourra faire un choix « éclairé » de discipline, un enfant ou un pré-adolescent moins. Le choix (la question du comment), d’une part, et l’offre (pléthorique) d’autre part, sont des sujets en soi. Je passe sur ces questions, comme je passe aussi sur une autre question liée, les arts martiaux pour les enfants. Une fois que la porte est poussée, le débutant se voit confronté à deux populations : le (ou les) professeur(s) et les pratiquants plus avancés. Et à un environnement spécifique : étiquette de la discipline, vocabulaire, et bien sûr, un contenu technique, pédagogique et physique.

Parfois, le débutant peut profiter d’une aide « hors cours », comme le font certains groupes en proposant des guides de débutants, ou des affiches « techniques » à placarder dans les salles. Parfois, même de cours dédiés. Cependant, la véritable chaîne de transmission va du professeur vers le débutant, via les avancés s’il y en a.

Comment traiter le débutant ?

Comme pour les autres pratiquants, les débutants présentent des profils variés mais que l’on peut séparer en deux catégories : ceux qui ont déjà fait quelque chose de même type, et les autres. Ceux qui ont un peu l’habitude éviteront plus facilement quelques écueils liés à sa situation, comme ne pas aller vers l’autre (plus ancien) ou un certain découragement devant tel ou tel exercice, qui semblait si facile au départ. Ça se passe souvent mieux si les « anciens » aident à cette intégration. Et ça n’est pas toujours facile, si on pense aux remarques que l’on peut rencontrer :

  • « il est nul »
  • « ça ne m’intéresse pas de pratiquer avec un débutant »
  • « XXX a l’habitude, il n’a qu’à aller pratiquer avec lui »
  • « j’essaie de progresser »
  • « pas de temps à perdre »
  • etc.

en oubliant que l’on a été soi-même débutant (et d’ailleurs, est-on assez avancé pour être considéré autrement ?), ou mieux encore, même les fondateurs, maîtres, grands anciens l’ont été.

Alors « Il est nul » ? Oui. Sûrement dans un premier temps, c’est bien pour ça que notre débutant vient apprendre. « ça ne m’intéresse pas de pratiquer avec un débutant » est, à mon avis, une erreur d’appréciation : pouvoir s’entraîner avec quelqu’un qui n’est pas formaté selon les canons de la discipline est toujours appréciable, en terme de vigilance et d’un certain travail technique. « XXX a l’habitude, il n’a qu’à aller pratiquer avec lui » XXX a peut-être envie aussi de varier son travail, ses partenaires, ce qui est toujours profitable. « j’essaie de progresser » : en s’appliquant, on peut toujours trouver des pistes d’amélioration en fonction du partenaire du moment. On est peut-être moins « guidé » qu’avec un pratiquant plus avancé, mais on n’est pas moins dans un travail qui va nécessiter un regard sur la pratique de l’autre et donc sur la sienne propre. « pas de temps à perdre » est sans doute la pire excuse. Autant ne pas venir du tout, et se déplacer à la source ou à la plus haute référence la plus proche, mais là, on devient le débutant, qui aimerait bien qu’on l’aide à progresser.

On peut également tomber dans l’excès inverse quand on est « avancé » non obligé. Mais là, on se situe plutôt dans une optique de confort. Le débutant, c’est avant tout un partenaire d’entraînement, qui comme tous les autres, aide à la progression (normalement). Alors pourquoi l’ignorer ou l’utiliser comme faire-valoir ?

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A propos G.

Pratiquant lambda.
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4 commentaires pour Aller vers le débutant

  1. Pierre dit :

    Plutôt d’accord avec ce billet. Il faut être gentil avec les kohaïs car ils le rendent fort bien.

    • G. dit :

      Je ne me situais pas, quand j’ai abordé ce billet, dans la relation kohaï-senpaï, qui va au-delà du simple aspect de débutant (comme on l’entend en Occident, c’est-à-dire au plus deux ans de pratique). Par contre, c’est un sujet que j’aimerai traiter un jour…

  2. Justin Ternet dit :

    Il faut compter aussi les décalages nés de l’oubli des difficultés du débutant :
    Si nous aussi, avons été débutants, nous avons bien souvent oublié nos premiers obstacles, nos premières réticences et mauvaises impressions. Cela empêche bien souvent l’initié de s’identifier au débutant, de le comprendre. On serait tenté alors de s’abstenir d’indulgence, et de prendre l’attitude de certains débutants pour de la paresse ou de la mauvaise volonté.
    Après, c’est vrai que les fainéant existent. Et raison de plus de l’accueillir aussi, car si vous n’avez pas fait le premier pas, le paresseux pourra vous accuser à raison de l’avoir laissé de côté. 🙂

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